Pour sa septième participation à la Route du Rhum, Francis Joyon s’élançait habité d’une confiance toute personnelle, en la fiabilité de son bateau, et en sa capacité à le mener au-delà de son potentiel théorique. A cette seule condition pensait-il tenir, peu ou prou, le rythme des si médiatisés bateaux « volants » de la dernière génération. Déterminé à tracer son propre sillon, insensible aux manœuvres de ses adversaires, Francis prenait ainsi dimanche 4 novembre un départ pied au plancher, dans des conditions idéales de vent, de mer et de soleil.

Ne pas casser dans une mer infernale
Dès l’entrée en Atlantique, une première grosse difficulté l’attendait, sous la forme d’un front dépressionnaire très actif qui lui imposait un premier virement de bord stratégique pour plonger plein sud à la faveur d’une brutale rotation du vent au Nord Ouest. Deux choix s’offraient alors à lui, à décider de manière immédiate au niveau du cap Finisterre ; serrer la côte espagnole, quitte à rallonger la route, ou suivre l’orthodromie en mettant de l’ouest dans sa course, aux risque de naviguer sur une mer infernale, avec des creux de 7 à 8 mètres. C’est pour ce dernier choix qu’optait Armel Le Cléac’h sur Banque Populaire IX, tandis que Francis et François Gabart, collé-serrés, descendaient le long du Portugal, afin d’empanner à la latitude de Gibraltar. Les deux trimarans tricotaient ainsi de conserve à hauteur de Madère, en quête d’alizés en cours de renforcement. Après deux jours et demi de course, ne demeuraient compétitifs que Macif et IDEC SPORT. Gabart pouvait dans un alizé bien établi, allonger la foulée, suivi à distance par un Francis Joyon toujours en mode circonspect.

Francis passe à l’offensive
C’est alors que Francis, jusqu’alors tout en prudence et en retenue, lâchait littéralement les chevaux, poussant le curseur de la performance dans des sommets rarement usités sur son trimaran, y compris en équipage lors de son Trophée Jules Verne victorieux. « Je suis en permanence au dessus des polaires du bateau » avouait-il avec candeur, tellement en confiance, et plus que jamais animé de l’envie de donner son maximum sur ce sprint transatlantique.

Macif à la peine, avantage IDEC-SPORT
Mais à mi-parcours, son débours envers le trimaran volant Macif avait pris un certain embonpoint, plus de 120 milles. Plus que jamais, Francis appuyait sur l’accélérateur. Les chiffres confirmaient vite un sentiment partagé avec sa cellule de routage, Christian Dumard et Guénolé Gahinet ; François Gabart a un souci, qui empêche visiblement son maxi trimaran de « voler », et d’infliger à IDEC-SPORT la « punition » annoncée. Mieux, à fond sur les réglages, en permanence à la barre, oublieux de son sommeil et ne s’alimentant qu’à la faveur de ce qui se trouvait à portée de main, Francis commençait à grignoter son retard. D’abord d’imperceptible manière, puis à grandes brassées de milles qui le portaient à 24 heures de l’arrivée, à moins de trente milles de son adversaire.

Dernier acte autour de la Guadeloupe
Le dernier acte pouvait s’avancer, préfiguré par ce contournement de la Guadeloupe de tous les pièges, dans un contexte météo bien particulier, avec  ces innombrables cellules orageuses en circulation autour de l’archipel.

Le skipper d’IDEC Sport a mis 7 jours 14 heures 21 minutes et 47 secondes pour boucler le parcours de 3542 milles à la vitesse moyenne de 19,42 nœuds. Il établit ainsi un nouveau temps de référence sur le parcours en battant de 46 minutes 45 secondes le chrono réalisé en 2014 par Loïck Peyron.

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