L’observation de l’incroyable « remontada » effectuée depuis 48 heures par le skipper d’IDEC SPORT donne à l’arrivée ce soir de la Route du Rhum, des accents Hitchcockiens. Absent des pronostiques à Saint-Malo, donné battu durant toute la semaine, Francis Joyon, en mode chasseur de record, a pleinement joué sa carte, celle d’un marin habitué aux luttes de haut vol, aux vitesses élevées tenues dans la durée et aux quêtes de l’exploit. Aveuglément confiant en son bateau, il a sollicité sa machine dans des proportions encore jamais usitées. Et la réussite de sourire à ses audaces. Son adversaire pour la victoire, François Gabart et son maxi trimaran volant Macif, l’engagement et la détermination investis par Joyon depuis les tout premiers milles finissent par payer. Et les écarts de fondre comme glaçons en Guadeloupe. De 140 milles voici seulement 48 heures, l’incroyable Monsieur Joyon vient de ramener son déficit à une vingtaine de milles. A moins de 200 milles de l’arrivée, y compris les redoutables et redoutés 70 milles du tour de la Guadeloupe, c’est toute l’issue de la course qui s’en trouve relancée.

Francis Joyon est-il inusable, incassable, inoxydable ? L’ère nouvelle et fascinante des trimarans volants avait relégué au second plan la dimension profondément humaine et sportive de la Route du Rhum. Francis Joyon la rétablit de superbe manière, en remettant en lumière l’engagement, la détermination, l’endurance au mal, la résilience dans l’effort, et l’harmonie entre un homme et une machine à voile. Si la méthode très artisanale de Joyon dans la préparation de ses bateaux prête parfois à sourire, il est une approche de la pratique de la voile océanique dont jamais le colosse de Locmariaquer ne se départit, celle du don totale de ses forces et de sa personne pour l’effort engagé, au service de son bateau.

Dans une Route du Rhum à la durée ramenée à 7 jours, Joyon se plonge en mode record de l’Atlantique, sacrifiant tout, sommeil, nourriture, communication à la symbiose qu’il sait si magnifiquement créer avec IDEC SPORT. Joyon vit, respire, transpire multicoque. Certes, il sait Christian Dumard et Gwénolé Gahinet aux aguets des moindres oscillations de la météo. Un mot, un vague texto envoyé sur son téléphone lui suffise alors pour adapter sa conduite et éclaircir un esprit que nulle fatigue ne semble obscurcir. A 62 ans comme à 30 lorsqu’il disputait sa première Route du Rhum, Joyon ne calcule rien. Son effort est total, absolu. Au delà du résultat, Francis vit l’instant, et en pousse l’intensité à son maximum ; aller vite, toujours plus vite, jamais rassasié de ces milles qui défilent toujours plus vite sous ses flotteurs, de ce vent qui siffle dans ses voiles.

A l’approche de la Guadeloupe, le vent va mollir, devenir plus instable et les phénomènes orageux de l’île vont venir compliquer la tâche des deux solitaires. Une nouvelle partie va commencer, plus subtile, plus aléatoire aussi. A l’instinct, à l’expérience, Francis va guider son trimaran géant toujours plus près de son prédécesseur. L’heure de l’atterrissage sur la Guadeloupe par la tête à l’anglais est prévue pour 17 heures locales, 22 heures en France. La nuit s’annonce longue, et pleine de suspens.

 

  • en
consequat. sit Aliquam eleifend diam velit, venenatis ut nunc

Send this to a friend