A plus de 32 nœuds sur une route toujours aussi efficace en gain vers le cap Horn, et après une nuit particulièrement difficile sur une mer peu propice à la très haute vitesse, le maxi-trimaran IDEC SPORT est ce soir en mesure de signer un nouveau temps intermédiaire référence dans son Trophée Jules Verne. En son 19ème jour de course, le grand multicoque rouge et gris glissera en effet la nuit prochaine sous la Tasmanie, effaçant des tablettes le chrono de 20 jours, 4 heures et 37 minutes réalisé l’an passé par Spindrift 2 de Yann Guichard et Dona Bertarelli.  Bien que ralentis cette nuit lors d’une navigation musclée face à une houle forte et désordonnée, Joyon et ses hommes continuent pourtant d’accentuer leur avance sur le record, portée ce soir à plus de 880 milles.

C’est un Francis Joyon toujours aussi mesuré dans ses analyses qui revenait brièvement ce matin sur la performance du maxi-trimaran IDEC SPORT depuis son départ d’Ouessant. « Nous sommes en avance sur nos plus folles espérances » explique-t-il d’une voix claire et posée. « Nous avons tiré le meilleur parti des conditions proposées. Le bateau, son excellent passage à la mer et son bon plan de voilure, associé à un équipage qui ne lâche rien, ont fait le reste. » Et Francis de se faire le porte-parole de l’unanime opinion du bord : « La route est encore longue et nous arrivons à un point de ce Trophée Jules Verne où hommes et matériel commencent à souffrir. »

L’air est frais, l’eau à 2 ou 3 degrés, et la violence des vagues a déjà eu raison des panneaux de protection récemment installés pour protéger les régleurs sur le pont. La violence des embardées de la nuit s’est rajoutée à l’inconfort et à l’humidité d’un habitacle dépourvu de chauffage, pour rogner davantage encore sur les phases de sommeil de marins terriblement sollicités par déjà 18 jours d’efforts inlassables. « L’an passé, le Pacifique portait bien, trop bien son nom » se souvient Gwénolé Gahinet, « Nous n’avions pas été très rapides, mais nous avions au moins vu la lumière. Nous avons depuis 8 jours l’impression de naviguer dans un tunnel. »

Petites avaries, fatigue physique n’entament en rien ce qui fait la force de cet étonnant équipage, un moral à toute épreuve, et un plaisir de naviguer que les belles performances ne font qu’accentuer. « Passé le petit épisode un peu pénible de la nuit dernière, nous retrouvons un angle de descente au vent favorable, qui nous permet de gagner imperceptiblement vers le sud » explique Francis. « Nous devrions glisser jusqu’à 54 degrés de latitude sud pour passer sous la Nouvelle Zélande. Marcel van Triest, notre conseiller météo à terre, est vigilant sur la position des glaces et il nous a rassuré sur ce point. »

Après la Tasmanie en milieu de nuit prochaine, le passage à l’Antiméridien constituera une étape psychologiquement importante, avec ce « retour à l’ouest » propice, déjà, au début d’un compte à rebours. Pour mémoire, l’antiméridien est le demi-cercle imaginaire passant par les deux pôles, situé à l’opposé du Méridien de Greenwich. A l’est de l’antiméridien, il est douze heures de plus que sur le Méridien de Greenwich ; à l’ouest, il est douze heures de moins. De quoi aider les 6 hommes d’IDEC SPORT à retrouver quelques repères civilisés dans un rythme de vie chamboulé par une si fulgurante progression par-delà les fuseaux horaires.

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