Francis Joyon et ses cinq hommes d’équipage ont hier matin pris la seule décision envisageable au regard de leur situation, après six jours de mer dans leur tentative de record du tour du monde à la voile. À bord d’IDEC SPORT, ils ont fait demi-tour vers Brest pour dans l’attente de meilleures conditions météo pour repartir à la conquête du Trophée Jules Verne.

Après un départ plus que satisfaisant jusqu’aux îles du Cap Vert, le maxi-trimaran IDEC SPORT s’est trouvé prisonnier d’un Pot au Noir particulièrement actif et en voie d’élargissement devant ses étraves. Une Zone de Convergence Intertropicale dantesque aux dires de marins aussi expérimentés que Francis Joyon, Bernard Stamm, Alex Pella ou Boris Herrmann.

Dans un petit exercice de rédaction nouveau pour lui, Francis Joyon narre par le menu cet épisode néfaste de leur tentative de record :   « À bord du grand oiseau rouge et gris, nous approchons le pot au noir relativement confiants, après ces premiers jours de mer. Nous sommes bien dans le coup et notre concurrent virtuel est positionné à nos côtés sur la cartographie du bord. Les modèles météo et les photos satellites laissent envisager une traversée raisonnablement rapide des 200 milles qui séparent les vents de l’Atlantique Nord de ceux du Sud, et nous nous engageons sous une chape de nuages et de pluie intense, le cœur léger de marins qui en ont vu d’autres.

« Pourtant, c’est bien l’enfer qui se déchaîne… »

À nous 6, nous réunissons en effet quelques dizaines de traversées de cet espace maritime. Pourtant, c’est bien l’enfer qui se déchaîne, avec une pluie qui s’intensifie au point de s’accumuler sur plusieurs centimètres d’épaisseur sur le pont, tandis que le ciel est si noir qu’on croit que la nuit tombe. Des rafales très brutales nous tombent dessus, et il faut nous mettre en fuite, vent arrière, durant quelques minutes pour très vite se retrouver voiles battantes dans un vent inexistant.

« Toutes voiles ouvertes, on file dans l’obscurité sans tenir compte de la route, simplement pour échapper au pire. »

Ce n’est qu’une introduction aimable aux 30 heures qui vont suivre, et je me souviens d’une scène d’anthologie, de nuit, aux côtés d’Alex à la barre, sous grand voile et grand gennaker, contraint de mettre en fuite plein vent arrière devant 40 nœuds de vent. Non pas une malheureuse rafale, mais bien un vent qui forcit régulièrement sur une période assez longue, au point qu’on se demande à quel moment le multicoque va chavirer si ça monte encore un peu plus. Toutes voiles ouvertes, on file dans l’obscurité sans tenir compte de la route, simplement pour échapper au pire. Il faut dire que la dernière fois qu’Alex s’est retrouvé dans cette situation, à bord d’un MOD70 il y a quelques mois, (Musandam Oman Sail – Transat Québec/Saint-Malo, ndlr), le vent a décidé de se montrer plus fort que l’équilibre du bateau, qui a chaviré en un instant, emprisonnant Alex sous le filet. Il n’a réussi à s’en sortir que par un heureux hasard et cette expérience n’a fait que renforcer son courage. Puis succèdent les calmes, et le trimaran dérive à 1 nœud, à la vitesse d’un escargot.

« Cap au Nord… route sur la Bretagne pour prendre un nouveau départ. »

L’humeur du skipper devient aussi sombre que le célèbre pot, ainsi que l’humour de l’équipage pourtant réputé à toute épreuve. Nous voyons les heures s’enfuir, des heures fatidiques qui devraient nous voir accrocher une dépression bien plus sud, et qui se dirige vers Bonne Espérance sans nous, englués que nous sommes. Le lendemain matin devait nous voit enfin dans l’alizé de sud-est, mais il est trop tard. Le chronomètre, bien souvent notre allié dans ces grands records, a joué contre nous, et il ne nous reste plus qu’à mettre cap au Nord, pour traverser ce Pot à nouveau, route sur la Bretagne pour prendre un nouveau départ. Finalement, on s’y attache, à ce Pot au Noir ! »

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