C’est la mauvaise surprise de la nuit pour Francis Joyon et ses 5 hommes d’équipage, la laborieuse négociation d’un pot au noir au final beaucoup plus actif qu’espéré voici seulement 24 heures. Ainsi que les observations satellitaires l’ont confirmée, la Zone de Convergence Intertropicale, où les masses d’air de l’hémisphère nord viennent frictionner celles du sud, a eu le mauvais goût de s’alanguir devant les étraves du maxi-trimaran IDEC SPORT, en multipliant sur la route de Joyon les phénomènes typiques de cette bizarrerie météorologique, grains violents, pluies diluviennes et changements scabreux du vent en force et en direction. La progression vers le sud et les alizés de sud-est s’en sont naturellement ressentie. Francis, Alex, Bernard, Gwéno, Boris et Clément ont bataillé toute la nuit, aux dépends de leurs si précieuses heures de récupération, pour s’extirper à plusieurs reprises de zones parfaitement déventées, où le maxi-trimaran se trouvait quasiment à l’arrêt. IDEC SPORT reprend avec ce début d’après-midi sa course poursuite aux trousses du détenteur du Trophée Jules Verne, Banque Populaire V, localisé à ce même moment de la course quelques 180 milles en son sud.

« Petite nuit blanche, à batailler dans les grains, à tenter de s’échapper, comme la chèvre de Monsieur Seguin pour ne pas se faire manger. Francis Joyon affichait ce matin flegme et recul en analysant la situation du jour ; «  Le pot au noir est très actif. Il s’est développé de manière imprévue à notre arrivée, en prenant de l’ampleur sur notre route. » Faisant contre mauvaise fortune bon cœur, l’étonnant équipage de Francis Joyon s’attache depuis, et sous des trombes d’eau, à faire marcher le bateau dans les conditions scabreuses bien dans la tradition du pot au noir. « Il est tombé plus de pluie cette nuit qu’en un an chez Alex, près de Barcelone » s’amuse même Francis un moment, avant de se remémorer quelques morceaux de bravoure d’une nuit décidément bien agitée : «  On a connu des moments chauds. On s’est fait surprendre, avec Alex à la barre, sous gennaker et grand-voile haute, avec 40 nœuds au portant… on ne faisait pas les fiers. On est obligé de garder le maximum de toile pour s’extirper et bien sûr, à certains moments, on se trouve surtoilé. Le vent de sud-est nous semble encore un peu loin. Pas de prévisions fiables dans cette zone … une fois rentré dans les nuages, il faut en sortir par la route la plus courte qui nous est donnée… »

Toute l’équipe lorgne malgré la fatigue vers la sortie de ce trop vaste secteur gris et pluvieux, si peu propice à la grande vitesse et à la performance pour un voilier en quête de record. Le maxi-trimaran apporte heureusement sa dose de satisfaction à l’équipage impatient de lâcher bientôt les chevaux ; « Le petit mât est toujours efficace, et les performances du bateau bien meilleures que l’an passé, avec  toujours le petit mât mais des voiles plus grandes, un système de safrans plus profilés… » précise Joyon. « On a hâte de rejoindre les alizés de sud-est. Notre timing pour accrocher les systèmes d’Atlantique sud dépend de notre sortie du pot au noir. Il y a une grande incertitude dans notre démarche,  comme une épée de Damoclès au dessus de nos têtes. »
A 230 milles de l’Equateur, le retard d’IDEC SPORT sur le temps référence atteignait à la mi-journée 180 milles, au moment où le maxi-trimaran semblait enfin se déhaler des griffes du pot au noir.

 

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