Francis Joyon et son équipage se préparent à la bataille finale. Au programme d’IDEC SPORT : trois jours et trois nuits de tempête pour boucler le tour du monde. Dernière grosse bagarre avec les éléments !

Environ 800 milles dans l’Ouest des Açores ce mardi après-midi, IDEC SPORT file à 32 nœuds et enchaîne les empannages : quatre au total depuis le milieu de la nuit dernière. A fond, encore et toujours. « Nous sommes en bordure de l’anticyclone, c’est pourquoi il nous faut de temps en temps remettre cap vers le nord pour trouver un peu plus de pression » explique Francis Joyon. Jusqu’ici tout va bien : « la mer est assez jolie, nous avons 25 nœuds de vent moyen sous un beau ciel bleu et nous prenons garde à ne pas trop nous approcher de l’anticyclone, tout en regardant ce qui nous attend dans les heures qui viennent », raconte le skipper d’IDEC SPORT.

Car à 1900 milles de l’arrivée, sur la ligne entre Ouessant et le cap Lizard que la maxi-trimaran pourrait couper vendredi dans la journée, ce qui attend les six marins d’IDEC SPORT c’est du costaud. Beaucoup de vent et surtout beaucoup de mer. L’arrivée – elle aussi – va se mériter. Après un mois et demi à défier jour et nuit les océans de la planète, les 72 dernières heures de mer vont se faire sous haute tension. « Dès ce soir, les conditions seront difficiles pour nous » prévient Francis Joyon.

« Eviter les vagues de 11 mètres »

First aerial images of IDEC SPORT maxi trimaran, skipper Francis Joyon and his crew, training off Belle-Ile, Brittany, on october 19, 2015 - Photo Jean Marie Liot / DPPI / IDEC

Jean Marie Liot / DPPI / IDEC

Provoqués par les trains de dépression qui circulent d’ouest en est sur l’Atlantique Nord, les vents devraient souffler entre 40 et 45 nœuds et beaucoup plus dans les rafales : peut-être 60 nœuds, soit 110 km/h. « Mais le vent n’est pas un problème pour nous » explique Francis Joyon, « on peut toujours réduire la voile pour le négocier ». En revanche, « la grosse difficulté, ce sera l’état de la mer. Car quand le bateau commence à planter jusqu’au mât dans la vague de devant, nous n’avons pas d’autre solution que tenter de ralentir et faire le gros dos. »

Les vagues ? Pour donner une petite idée de ce qui attend Francis, Bernard, Gwénolé, Alex, Clément et Boris, on a posé à Francis Joyon la question de leur hauteur prévue. Voici sa réponse : « et bien j’ai fait tourner un routage qui me donnait un temps de parcours relativement rapide… mais qui présentait aussi une hauteur de mer de 11 mètres avec la houle et la mer du vent ! Nous avions moins d’une heure à gagner en prenant cet itinéraire, donc nous allons logiquement opter pour une autre route… mais nous devrons tout de même y affronter des creux d’environ 6 mètres. »

Le bateau, heureusement, est quasiment à son plein potentiel pour cette dernière grosse bagarre avec les éléments. Celui qui le connaît le mieux d’un point de vue technique c’est Clément Surtel : « Bien sûr nous avons eu quelques petits soucis mais rien de vraiment anormal au regard d’un tour du monde. Je dirais que le bateau est encore à 95% de son potentiel, ce qui est déjà exceptionnel après un mois et demi à fond.» Chez les hommes, la fatigue est évidemment présente, « mais on s’en protège en s’aidant les uns les autres. Nous serons contents d’arriver c’est sûr, ce sera bon de retrouver la famille. Et je sais déjà qu’il y aura ce double sentiment : la joie d’arriver et puis, relativement vite, l’envie de repartir à l’aventure. » Les marins sont comme ça.

MESSAGE PERSONNEL

Message reçu de la part de Jacques, marin de commerce qui sera lui aussi en mer cette nuit. A l’attention de l’équipage d’IDEC SPORT. Respect mutuel : “Bonjour à tous, je vous suis depuis le début. Vous vous êtes battus comme des champions, mais maintenant faites attention. Rentrez à la maison sans casse. On s’apprête à vivre les mêmes conditions météo, pour nous du Havre vers Gibraltar et sur un cargo de 300 mètres, mais on ne fait pas les fiers pour autant, ça va bastonner! On va faire le dos rond, y a pas de honte en mer, les plus forts c’est pas nous! Garder le bateau droit et intact, marine marchande ou sportive, même objectif, c’est la fierté du métier. Encore un immense bravo pour votre nav’, bonne année à tous, les Francis boys.”

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