Rattrapé hier matin par le système dépressionnaire qui lui avait permis de gagner le Grand Sud à belle allure, le maxi trimaran Idec Sport a dû empanner au passage du front pour entamer à faible allure la traversée d’une zone intermédiaire peu ventée, dans l’attente d’un nouvel enchaînement de vents forts venus du nord. Francis Joyon et ses cinq hommes d’équipage s’enfoncent ainsi dans les profondeurs désertiques du Grand Sud, cherchant à glisser sous les hautes pressions sud africaines, accompagnés par cette dorsale elle aussi en route vers l’est. C’est donc une nouvelle journée peu rapide qui s’annonce pour le Commando Joyon qui donne le maximum pour tirer le meilleur parti des quinze et quelques noeuds de vent qui soufflent sur leur zone. Les 45 degrés de latitude sud ont été franchis, et Francis envisage d’aller loin, du côté des 51, voire, 52 degrés sud contourner une dépression en développement vers Madagascar. Idec Sport navigue au pays des glaces, et avec le risque de présence d’icebergs et autres growlers, c’est toute l’ambiance du bord qui se modifie avec l’ajout de ce nouveau paramètre.

Demain à Bonne Espérance

« La dorsale avance avec nous, et notre progression s’en trouve ralentie ». Francis Joyon accepte avec son flegme légendaire la sanction des éléments. « Il ne nous a pas été possible de demeurer en avant du front qui aurait pu nous porter dès la nuit dernière au niveau du Cap de Bonne Espérance. Cette dépression circulait à plus de 35 noeuds vers l’est, et nous a dépassé. Les gars se sont bien accrochés mais nous avons dû empanner derrière le front. Nous subissons depuis cette zone de transition peu ventée, et notre vitesse a considérablement chuté. » A 20 et quelques nœuds, cap au sud sud est, le maxi trimaran rouge et blanc ne lambine certes pas, mais voit son retard sur le temps record de ce Trophée Jules Verne osciller entre 350 et 380 milles. Joyon et ses 5 marins ne devraient ainsi entrer dans l’Océan Indien, après avoir paré Bonne Espérance et le Cap des Aiguilles, que demain matin samedi.

Veille radar aux icebergs

First aerial images of IDEC SPORT maxi trimaran, skipper Francis Joyon and his crew, training off Belle-Ile, Brittany, on october 19, 2015 - Photo Jean Marie Liot / DPPI / IDEC

Jean Marie Liot / DPPI / IDEC

Tous les esprits du bord sont désormais accaparés par deux pensées fortes, la gestion d’un océan Indien qui va lui aussi, après l’Atlantique sud, prendre un malin plaisir à compliquer la route du record, en obligeant Idec Sport à descendre très sud pour contourner la dépression venue de Madagascar, et l’inquiétante présence des glaces. « Tenter de traverser cette nouvelle dépression serait suicidaire pour une tentative de record de vitesse » explique Marcel van Triest. « La contourner vers le nord rallongerait la route sans certitude de vraiment gagner du temps. Il faudra « passer en dessous », et aller « jouer » dans les zones de glace. »

Glace, le mot est lâché. Il est présent dans tous les échanges au sein de l’équipage, mais aussi avec Marcel van Triest qui reçoit à terre et à échéances rapprochées les images et observations satellitaires les plus pointues, qui permettent de situer avec précision les icebergs détachés de l’Antarctique. Reste la surveillance aux growlers, ces plaques de glace flottant entre deux eaux, indiscernables aux photos satellites, mais très dangereuses pour toute embarcation lancée à pleine vitesse ; « Le radar est allumé en permanence » précise Francis, «  et nous observons avec attention la chute des températures de l’eau environnante, actuellement de 5 degrés, tout en scrutant avec la plus grande acuité l’avant du bateau. » Une observation rendue plus ardue aujourd’hui avec cette brume tenace qui limite considérablement la visibilité.

Brume, vent faible, zone des glaces…. le Trophée Jules Verne tient en son treizième jour toutes ses aventureuses promesses. Francis Joyon, Alex Pella, Clément Surtel, Bernard Stamm, Gwénolé Gahinet et Boris Herrmann ne veulent pour l’heure que se concentrer sur la bonne marche du bateau et sur les échéances à venir avec l’entrée dans l’Indien. « L’ambiance à bord est vraiment sympa » traduit Boris Herrmann. « Bernard Stamm a fait un super boulot en ce qui concerne l’avitaillement. Il a sagement prévu l’augmentation de la valeur calorique de nos repas pour notre arrivée dans le Sud et le travail par des températures plus froides. On mange bien, on dort mieux que sous les tropiques, on échange beaucoup, et ce bateau est magique. » Ne manque donc au bonheur des six hommes qu’un passage prochain à Bonne Espérance, certes pas pour le chrono, mais peut-être simplement parce qu’à cette occasion, Boris fera tourner la petite flasque de Whisky qu’il a prévu pour marquer les passages aux trois grands caps du record, Espérance, Leeuwin et Horn…

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