IDEC SPORT est ralenti ce matin. C’est normal. L’équipage de Francis Joyon s’attaque déjà aux prémices du célèbre Pot au noir. L’équateur est à 350 milles. Après seulement quatre jours de mer…

IDEC SPORT navigue ce matin au beau milieu de nulle part, en plein Atlantique. Sur son bâbord, la Sierra Leone est à 900 milles. Sur son tribord, le Brésil est à 1500 milles. Traduit en langage terrien : à gauche les premières terres du continent africain sont à plus de 1600 kilomètres, à droite celles de l’Amérique du Sud à près de 2800. Au dessus des abysses (5000 mètres de fond sous les coques, pas le moment d’ échapper sa gourmette) Francis Joyon et ses hommes entrent dans la zone de convergence intertropicale. Les météorologues l’appellent ZCIT. Les marins, gens de lettres, préfèrent l’expression plus fleurie de Pot au noir et tous les jeux de mots approximatifs qui vont avec de la fortune du Pot à pas de Pot, peu de Pot… on en passe et des meilleurs.

First aerial images of IDEC SPORT maxi trimaran, skipper Francis Joyon and his crew, training off Belle-Ile, Brittany, on october 19, 2015 - Photo Jean Marie Liot / DPPI / IDEC

Concentration maximale à la barre et aux réglages

Bref. Tout cela n’est pas si anecdotique. Car le Pot au noir est avant tout zone d’incertitude. Pour résumer, c’est là que s’affrontent les systèmes météo des deux hémisphères. Ce qu’on y trouve est rarement réjouissant, toujours incertain. En clair alternance de grains, de soleil et de pluies diluviennes, gros nuages noirs, chaleurs tropicales et surtout… zones avec vent et zones de pétole molle. En course en flotte, on peut très bien y rester encalminé pendant qu’un concurrent pourtant tout proche file à grande vitesse. Voilà pourquoi Bernard Stamm – qui collectionne les tours du monde comme on enfile des perles – dit de lui « de toute la planète, c’est la zone que je redoute le plus ».

240 milles d’avance

Rien n’est sûr dans ce magma météo si ce n’est qu’on a envie d’en sortir le plus vite possible. Le but du jeu (n’oublions jamais que c’est un jeu !)  est de tenter de traverser le Pot à l’endroit où il est le moins épais autour de l’équateur. Voilà pourquoi IDEC SPORT est ce matin par 27° ouest, le point de passage le moins pénalisant se situant statistiquement entre cette longitude et 30° ouest. Voilà pourquoi IDEC SPORT est ralenti depuis 4h30 heure française ce jeudi, progressant autour de 20 nœuds contre des moyennes de folie sur les dernières 48 heures, à 32 nœuds et plus.

Reste qu’avancer à 20 nœuds dans cette zone, c’est déjà très bien ! Surtout quand on se souvient de la toute récente Transat Jacques Vabre, voilà quelques semaines, quand les concurrents ont été contraints de tirer des bords de près face au vent, à des vitesses extrêmement faibles !  « Normalement, le Pot n’est ni très actif ni très épais pour nous, rien à voir avec ce qui s’est passé sur la Transat. Je pense que ça devrait bien se passer » rassurait hier Francis Joyon, pendant la vacation en direct du bord. Pour le moment, le coup de frein est net mais tout relatif et très loin d’être catastrophique. Certes, le matelas d’avance sur le chrono à battre a rétréci d’une quarantaine de milles, mais rien de plus normal. Il reste tout de même 240 milles de capital dans la besace, près de 450 km. Cela permet aux six hommes d’IDEC SPORT de voir venir et d’envisager l’avenir proche avec confiance. Après quatre jours de mer, l’équateur n’est plus que 350 milles devant les étraves. C’est tout simplement du jamais vu.

En bref.-

A 7h00 ce jeudi 26 novembre 2015, après 4 jours et 4 heures de mer, IDEC SPORT naviguait à 23,4 nœuds par 06°02 Nord et 27°29 ouest. A 350 milles du passage de l’équateur. Cap plein sud  (180°). Avance sur le chrono à battre : 237 milles. 

. Le record du tronçon Ouessant-Equateur – détenu lui aussi par Loïck Peyron et son équipage sur Banque Populaire V depuis le 27 novembre 2011 – est de 5 jours, 14 heures, 55 minutes et 10 secondes.

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