Francis Joyon a regagné beaucoup de terrain sur ses concurrents directs. Madère déjà dans le sillage, IDEC SPORT est désormais à la lutte pour la 3e place avec Lionel Lemonchois et Sébastien Josse. Le tout en naviguant « à l’ancienne », avec très peu de moyens disponibles à bord et en bricolant les avaries de son trimaran comme lui seul sait le faire.

Sacré Joyon ! Il a fait un coup pendable hier en étant le seul des sept Ultimes encore en course à passer à l’est de la zone interdite du DST (rail de séparation du trafic marchand) du cap Finisterre. Au ras des côtes espagnoles et portugaises, son option lui a valu de revenir complètement dans le match pour le podium virtuel. « L’idée était de garder un peu plus de pression le plus longtemps possible et aussi de raccourcir légèrement la route » explique calmement le skipper d’IDEC SPORT, ce matin. Opération réussie : en 24 heures, voilà Joyon remonté de la 7e à la 4e place. Les deux MOD 70 de Yann Eliès et Sidney Gavignet sont maintenant dans son sillage et si à l’avant Loïck Peyron et Yann Guichard ont pris de l’avance, Francis Joyon lutte maintenant pour le podium virtuel avec deux autres concurrents, coriaces : Lionel Lemonchois et Sébastien Josse.

Sans ordinateur… et en bricolant le safran
L’affaire n’a pas été sans peine. Notamment parce que Francis doit faire sa route sans ordinateur de bord. Il explique en rigolant (il n’y a que lui pour rire de ça…) : « alors côté informatique le petit ordinateur portable est mort, l’ordinateur numéro un ne tient allumé qu’une seule minute et le troisième et dernier refuse catégoriquement de s’allumer. C’est pas terrible, mais j’arrive tout de même à apercevoir de temps en temps un fichier de vent ou un mail de mon routeur Jean-Yves Bernot. Je fais avec. »
Faire avec, cela veut dire notamment être « obligé de reporter manuellement les positions des autres, ce qui n’est pas très simple. Donc je ne sais pas trop où j’en suis par rapport à eux. Je n’ai vu personne depuis la sortie de Manche.. » Il en faut d’avantage pour déstabiliser le recordman autour du monde. Une autre avarie d’importance vient d’ailleurs d’être réglée « à la Joyon », c’est à dire avec trois bouts de ficelles et beaucoup de bon sens. Francis explique : « je trouvais le bateau très dur à barrer, c’était un peu dangereux… et je me suis aperçu qu’un petit camembert en bois retenant un lashing (cordage de fixation) du safran avait cassé. Du coup, le safran était partiellement relevé vers l’arrière et le bateau devenait très difficile à contrôler. A 30 nœuds, ce n’était pas génial… mais bon je me suis débrouillé en bricolant avec des boutes. Là aussi – j’ose à peine dire le mot – c’est un peu artisanal comme réparation, mais on dirait que ça tient. »

« La mer est devenue supportable »
Un problème, une solution. Un jour quelqu’un réussira peut-être à expliquer le savoir-faire Joyon, savant mélange de calme, d’expérience et de beaucoup de bon sens. Pour l’heure, la course continue dans des conditions enfin devenues moins extrêmes. « Le début de course a été vraiment très brutal, mais là depuis Madère (déjà dans le sillage !) c’est un peu mollasson : on a une quinzaine de nœuds de vent de nord et on nous annonce une molle encore dans la journée. Au moins ça nous change parce qu’hier j’ai encore vu le vent passer de 10 à 43 nœuds en moins d’une minute… ce qui est un peu compliqué à gérer en multicoque. » Comprendre que ce genre de navigation exige une attention de tous les instants et que le répit du jour est tout sauf malvenu. « J’ai dormi par tranches de quelques secondes ce matin, ça me suffit pour récupérer et je vais bien. En revanche, je n’ai pas encore pris le moindre repas chaud, je me suis contenté de quelques barres de céréales depuis le départ.. Ce n’est pas très diététique ». Et Francis rit encore, pas mécontent d’être toujours dans le match.
Une autre bonne nouvelle ? Il y en a deux en fait, annoncées sous forme de plaisanteries : « d’abord j’ai bon espoir d’enlever enfin ma combinaison de survie et d’autre part la mer est devenue supportable. C’est toujours gris, mais disons que ça fait moins mal aux yeux de la regarder. » La suite ? « Il faudra probablement tricoter quelques empannages pour rejoindre les alizés. Ce ne sera pas un grand tout droit.. » Donc il y aura peut-être des coups à jouer, ce qui n’est pas pour déplaire à Monsieur Joyon. Quand on lui prédisait au départ qu’il aurait du mal à tenir la cadence face aux autres bateaux, tous plus récents qu’IDEC SPORT, Francis répondait calmement : « c’est vrai, mais j’ai quelques arguments tout de même.» La preuve est déjà faite.

Repères :
Au pointage de 10h ce mercredi 5 nov, Francis Joyon est classé 4e. A 85 milles dans le sud-ouest de Madère, il navigue par 32°23 Nord et 18°59 Ouest, à 2553 milles de l’arrivée à Pointe à Pitre. Cap : 238°. Vitesse : 21 nœuds.

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