– Temps de course : 5 jours 02 heures 56 minutes et 10 secondes.- Record amélioré de 16 heures 34 minutes et 30 secondes.- Distance orthodromique : 2 865 milles • Vitesse moyenne : 23,30 noeuds- Distance sur le fond : 3 222 milles • Vitesse moyenne sur le fond : 26,20 nœudsC’est mardi dernier que Francis Joyon décidait, après un ultime échange avec son conseiller météo à terre, l’ami et complice Jean-Yves Bernot, de se lancer à l’assaut d’un record de la traversée de l’Atlantique unanimement considéré comme très difficilement accessible. Thomas Coville et son grand trimaran Sodebo avait en effet, le 12 juillet 2008 signé une remarquable performance à près de 21 noeuds de moyenne. Il avait suivi durant quasiment 4 jours une route particulièrement efficace au plus près de l’orthodromie, avant de subir à l’approche des îles Britanniques, un certain affaissement des conditions météos. Le scénario proposé en ce début juin à Francis Joyon s’est avéré totalement inversé, et la course contre la montre que s’est imposé Joyon s’est, durant plus de la moitié du parcours, teintée d’incertitudes. Francis Joyon a relevé un improbable pari, s’appuyant sur sa confiance aveugle en l’analyse experte de Jean-Yves Bernot. Il a joué sa chance avec un engagement et une conviction qui une nouvelle fois forcent respect et admiration.5 jours, 2 heures, 56 minutes et 10 secondes pour un exploit.Le vaste système dépressionnaire centré le long des côtes de Nouvelle Angleterre était en ce mardi 11 juin 2013 ponctuel au rendez-vous annoncé par Jean-Yves Bernot. Francis, en marin respectueux des éléments, avait, après les péripéties d’usage pour extraire seul son trimaran géant de la marina de Gateway et des pièges de l’Hudson, s’annonçait au passage d’Ambrose Light et entrait sans préambule dans la complexité de son entreprise. Si la puissance des éléments étaient au rendez-vous, avec d’emblée des coups de vent à 30 noeuds, c’est bien la direction prise par la dépression qui allait, trois jours durant, contraindre IDEC à pointer ses étraves plein est, prenant à certain moment la direction des Açores. Le déficit en milles par rapport à la trajectoire suivie voici 5 ans par Thomas Coville enflait régulièrement, à peine contenue par le rythme terriblement élevé tenu par Joyon. « Je savais qu’il me fallait en permanence naviguer à plus de 25 noeuds, et éviter de me faire happer par les calmes du centre dépressionnaire. » A plusieurs reprises, Idec va ainsi flirter avec la bordure sud du centre des basses pressions, au point, au troisième jour de course, de s’imposer l’hérésie en configuration record de vitesse, deux empannages pour se recaler dans le nord, au coeur des filons de vent les mieux orientés et les plus soutenus. Joyon déplorait à cet instant un déficit dépassant les 140 milles.Lucide sur sa trajectoire, totalement dévoué à la bonne marche de son bateau, sacrifiant comme à l’accoutumée sommeil (moins de 10 heures de sommeil cumulé en 5 jours), confort et parfois alimentation sur l’autel de la performance, Joyon attendit ainsi son heure, celle où la dépression un temps tentée par une trajectoire sudiste, qui aurait sonné le glas des espoirs d’Idec, prit enfin le chemin de l’Europe du Nord. Animé de cette farouche volonté de mettre mille après mille la barre le plus haut possible pour tout futur postulant à ce Graal des records océaniques, Joyon entrait suite à ce second empannage, et au terme de 3 jours d’une navigation sous haute tension nerveuse, dans son exercice favori, celui de la vitesse pure, de la navigation extrême sur la crête des vagues, au vent arrière, sur une mer souvent croisée et qui lui a imposé un nombre invraisemblable de plantés d’étraves…650, 660.. et jusqu’à 665 milles étaient ainsi avalés par 24 heures dans cette seconde moitié du parcours, soit à un petit mille de son record de distance parcourue en une journée. « Je n’en ai pas eu conscience, car je n’ai guère eu le temps de paresser à la table à carte » explique avec candeur Francis Joyon. Bien calé au coeur de la dépression, Idec pouvait se gaver littéralement de vitesse et de surfes dans les embruns. « J’ai eu constamment entre 25 et 30 noeuds de vent, et Idec partait en longs surfes sur la crête des vagues… » Difficile dans ces conditions de gérer un tant soit peu le marin. « J’ai tenté de ralentir le bateau pour me reposer » explique Francis, « mais j’ai alors eu mauvaise conscience, et j’ai remis de la toile… » En lutte contre la virtualité du record actuel de Thomas Coville, Francis ne perd jamais pour autant de vue les futurs postulants à ce record. « Je sais que d’autres viendront, avec des bateaux plus grands et plus sophistiqués. J’essaie de mettre la barre le plus haut possible. »La dernière nuit, à l’approche du plateau continental, offrait une mer particulièrement piégeuse aux étraves d’Idec. « J’ai trouvé que le bateau plantait beaucoup. Dans la nuit noire, je n’y voyais goutte mais l’angle au vent était parfait. Alors j’ai remis du charbon. » Les derniers milles, avec un vent légèrement refusant à l’approche des côtes contraignait Francis à naviguer travers au vent. Une configuration à peine moins rapide, mais qui garantissait une arrivée toujours ventée sur la pointe occidentale de la Cornouaille anglaise. « Je ressens un certain mélange d’émotion, la lassitude mais aussi l’euphorie d’avoir accompli la tâche que je m’étais fixée… »Le 19 janvier 2008 à 23 h 39 UTC, il coupe la ligne d’arrivée à l’entrée du goulet de Brest. Il bat ainsi le Record du tour du monde à la voile en solitaire en 57 jours 13 heures 34 minutes 6 secondes1. Il pulvérise le précédent record d’Ellen MacArthur de 14 jours 44 minutes 27 secondes et établit le deuxième meilleur chrono de tous les temps derrière le maxi catamaran Orange II, skippé par Bruno Peyron et ses 14 hommes d’équipage.666.2 milles e une journée ! 1 237 KILOMÈTRES ! c’est le nouveau record de distance parcourue en 24 heures par un bateau à voile et en solitaire. Francis Joyon établissait fin juillet 2012 un nouveau record absolu de vitesse sur 24 heures, en tenant seul à bord de son trimaran géant de 29 mètres IDEC, l’époustouflante moyenne horaire de… 27,83 nœuds !Le vendredi 15 février 2013 à 04 heures, 57 minutes, 30 secondes TU, soit à 05 heures, 57 minutes, 30 secondes en heure française. Avec un temps de course de 8 jours, 16 heures, 07 minutes, 05 secondes, Francis Joyon améliore de plus de 1 jour et 04 heures son propre chrono de 2008 (9 j 20 h 35 min). Sur les 3884 milles de l’orthodromie, la route théorique, il élève ainsi la moyenne à 18,66 noeuds. (distance réellement parcourue 4 379,5 milles à la moyenne de 21,04 milles).Juin 2013 : New York – Cap Lizard : 5 jours 2 heures 56 min 10 sec. Écart au record : 16 heures 34 min 30 sec. »Nous échangions au demeurant très peu durant la course, un mail matin et soir, et très peu de conversation téléphonique. Il y avait un gros pari à prendre à partir ainsi mardi dernier. Il fallait avoir de la conviction. Au final, une très belle trajectoire. Avec Francis, on se fout de rallonger la route. Regardez cette belle trajectoire. Le routage, cela consiste à investir des milles pour gagner du temps. Et le temps, est la seule chose qui compte en record. Francis l’a compris. Mais il est probablement le seul à qui on peut demander ce genre d’effort. On ne peut pas demander ça à n’importe qui. Avec Francis, on a l’impression qu’il peut aller vite longtemps, sans jamais s’arrêter. Ce record porte sa patte! du Francis tout craché! Il a été impressionnant! Il a probablement placé la barre au maximum de ce que cette génération de trimaran peut accomplir. Il faudra dorénavant des bateaux plus grands, plus haut sur l’eau, plus toilé aussi pour le détrôner. »

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