Les dernières 24 heures new-yorkaises du skipper de Locmariaquer ont été stressantes et quelque peu précipitées. Trouver un semi rigide pour sortir de la Marina de Gateway, terminer l’avitaillement, affiner l’analyse de la météo… autant de tâches que Francis Joyon, fidèle à lui-même et à ce que d’aucun appellerait sa « légende », a géré seul, avec chaque fois que possible, le soutien bienveillant des gens de mer croisés au ponton. Une fois sortie de la baie de New-York, le grand oiseau rouge IDEC a enfin pu s’ébattre dans les eaux libres de l’Atlantique. Le vent de sud-ouest était bien fidèle au rendez-vous du phare d’Ambrose, et malgré une forte houle, Francis Joyon a pu d’emblée lâcher les chevaux et se caler sur les bases du record, avec des vitesses en permanence supérieures à 23 noeuds. « La houle était contraire à la marche du bateau en quittant Ambrose » racontait à la mi-journée un Francis Joyon heureux d’être seul en mer, et soulagé d’avoir sans encombre, et malgré quelques délicats intermèdes, quitté l’Hudson et la proximité des rivages américains. Ses dernières heures dans la cité américaine ont été agitées. « Je n’ai pas eu le temps de procéder à l’avitaillement. J’ai demandé de l’aide à un gars sur le ponton. C’était un russe ; il m’a fourni de la nourriture de son pays. Je vais donc manger russe toute la semaine… ».C’est donc de nuit que Francis a procédé, seul, au déhalage du bateau, puis au démontage de son hélice, avant de se diriger vers le point précis où se trouvait naguère le célèbre phare d’Ambrose. Dernier regard panoramique, enclenchement du pilote automatique, génois bordé… et Francis Joyon donnait le top départ au commissaire du World Speed Sailing Record Council missionné à New-York pour enregistrer le départ du grand trimaran rouge. A 09 heures, 15 minutes et 20 secondes GMT (11 heures, 15 minutes HF), IDEC entamait un nouveau mano a mano avec l’immense Atlantique. »La fenêtre météo n’est pas extraordinaire, mais on fait avec ce que l’on a… » Un poil badin, une fois la décision prise en étroite concertation avec Jean-Yves Bernot, complice terrien de moult exploits maritimes, Francis Joyon ne se projette pas au delà des prochaines heures. « Je sais que je dois bénéficier de bonnes conditions sur les deux premiers tiers du parcours, et qu’il subsiste, selon les modèles météo, une incertitude sur l’arrivée, suivant la route que suivra la dépression que nous avons choisi de chevaucher » explique Francis. « La route ne sera pas optimale par rapport à l’ortho, puisque je serai un peu plus sud. Mais c’est un mal pour un bien puisque je devrais ainsi éviter le gros des brouillards sous les grands bancs… » Des brouillards qui ont dès les premiers milles enserrés IDEC dans l’opacité de leurs griffes, contraignant Francis Joyon à une veille décuplée au radar et sur l’avant du bateau. « Je viens juste de passer entre deux baleines. C’était sympa ! Elles se sont suffisamment écartées à mon passage pour que je n’ai pas à manoeuvrer… » 30 nœuds de vent de secteur sud-ouest sont attendus devant les étraves du maxi-trimaran IDEC, sur une mer de plus en plus contraignante ; le challenge est herculéen, même pour un Francis Joyon déjà en déficit de sommeil après un voyage éprouvant et une dernière nuit new-yorkaise quasiment blanche. « Mais c’est en mer que je me repose » rassure Francis… .

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