Tenir 21 noeuds de moyenne pendant moins de 5 jours, 19 heures et 29 minutes. En solitaire. Sur le très exigeant Atlantique Nord. Voilà l’ampleur du défi, avec cette barre très haute fixée par Thomas Coville en juillet 2008. Voilà les données mathématiques du problème complexe qui va se poser à Francis Joyon, entre la statue de la Liberté et la Cornouaille anglaise. Pour être précis entre le phare d’Ambrose à New-York et celui du cap Lizard, au sud de l’Angleterre.Les marins qui peuvent avoir cette ambition se comptent sur les doigts d’une seule main. Francis Joyon est de ceux-là. Le pilote d’IDEC a déjà été titulaire de ce même record, en juillet 2006 (6 jours et 4 heures), quand il avait pulvérisé d’une journée un chrono établi onze années plus tôt par Laurent Bourgnon.Il n’y a que des stars de la voile dans le listing très réduit de ceux qui ont osé défier en solitaire, sur de grands multicoques, cet Atlantique Nord de tous les dangers. Ils se comptent sur les doigts d’une seule main. Bien plus d’humains ont marché sur la lune ! Les noms de cette femme et de ces quatre hommes claquent au vent comme cinq marins d’exception qui ont forgé l’imaginaire de tous : Bruno Peyron, Florence Arthaud, Laurent Bourgnon, Thomas Coville, Francis Joyon.En vingt-six ans, de 1987 à nos jours, seules six tentatives ont été couronnées de succès. Bruno Peyron l’a conquis deux fois, en 1987 et 1992. Si Francis Joyon réussissait, il deviendrait ainsi le deuxième double lauréat de l’Atlantique Nord. Il serait surtout le seul marin à pouvoir se prévaloir du Grand Chelem absolu des records puisque le pilote du maxi-trimaran IDEC est déjà le marin solitaire le plus rapide autour du monde (57 jours et 13h), le plus rapide sur 24 h (668 milles soit 27,83 noeuds de moyenne) et le plus rapide sur l’Atlantique d’est en ouest, à savoir sur la Route de la Découverte, entre Cadix et San Salvador, record qu’il a pulvérisé cet hiver en 8 jours et 16 h.L’Atlantique Nord… ses brumes mystérieuses, ses baleines et cette fameuse dépression unique ou presque sur laquelle il faut surfer à toute vitesse entre le Nouveau Monde et le Vieux continent… voici donc l’ultime défi à relever pour accéder à ce statut unique.Francis Joyon, qui a déjà conquis ce chrono en 2005 à bord du premier trimaran IDEC est bien conscient de s’attaquer à un véritable mythe maritime. Il commente : « S’il fallait mettre des notes aux records en fonction de leur importance, je dirais que le plus important est le Tour du monde. L’Atlantique Nord est le numéro deux du fait de sa longue histoire liée à la goélette Atlantic de Charlie Barr et ses 50 hommes d’équipage qui inaugura l’exercice en 1905, puis à Eric Tabarly qui a été le premier à le reprendre, toujours en équipage, 75 ans plus tard. La version solitaire m’appartenait voilà quelques années, elle a été reprise par Thomas (Coville)… et donc il m’appartient de la reprendre à nouveau ! »Simple comme du Joyon, sur qui il ne faut pas compter pour donner dans la facilité. « La moyenne à tenir frôle les 21 nœuds. Donc avoir une bonne météo est indispensable, mais il ne faut pas non plus avoir de baisse de régime. Il faut être à fond tout le temps pendant 5 jours et demi… » A bord d’un multicoque de 30 mètres lancé à pleine vitesse, l’exercice n’est pas à la portée du premier venu. Ce n’est d’ailleurs peut-être pas un hasard si les rares marins à avoir détenu ce fameux record étaient présents à Paris ce jeudi 25 avril aux côtés de Francis Joyon pour la présentation de cet événement. Eux seuls savent… »IDEC accompagne Francis Joyon depuis plus d’une décennie maintenant. Nous sommes fiers d’accompagner un des plus grands marins de la planète dans sa chasse aux records, Francis nous a procuré tant d’émotions, autour du monde et sur tous les océans… Avec cette tentative sur le record de l’Atlantique Nord, c’est un nouveau défi qu’il nous propose. Nous sommes bien sûr de tout coeur avec lui et croisons les doigts pour qu’il réussisse ce Grand Chelem que personne n’a réussi avant lui. Au-delà de l’aspect sportif, passionnant, c’est un homme avec qui le groupe IDEC partage des valeurs communes d’innovation, de compétition, de respect de l’environnement… Bonne chance Francis ! » »Ce record est une vraie belle histoire : il associe un parcours mythique, le rappel d’illustres ancêtres comme Charlie Barr… et exige un engagement total. Initialement, en 1987 je souhaitais lancer ce record avec une idée simple : battre en solitaire le chrono historique de Charlie Barr et ses cinquante hommes d’équipage. Depuis, la barre est montée et ce Record de l’Atlantique Nord est devenu le deuxième chrono le plus important après le Tour du monde. Sur le premier, en 1987, tous les ingrédients étaient réunis pour une belle histoire, simple et efficace. Nous étions partis de New York en duel fratricide : Loïck avec Lada Poch contre moi sur Explorer. J’en garde un souvenir mêlé de plaisir, d’engagement et une arrivée rare, asphyxié sur les côtes anglaises, devant refaire le tour de Land’s end pour couper la ligne. Du second record en solo, j’ai un souvenir moins ludique car faute de moyens le bateau était quasi à l’abandon dans un vieux chantier de Newport. J’avais racheté à Florence (Arthaud) une vieille grand voile qui était trop petite. Au départ, j’avais eu droit à un orage d’anthologie au large de New York que je voyais sous les éclairs. Ensuite, la météo a été convenable et j’ai effectué la traversée en étant un soupçon conservateur… Mais l’histoire était lancée et je savais que d’autres viendraient avec des armes plus affûtées et une détermination sans faille. La principale difficulté est de trouver la fenêtre météo idéale, c’est-à-dire celle qui permet de traverser avec un seul système dépressionnaire, grâce au potentiel des machines actuelles. Pour être honnête… j’aimerais y retourner ! J’adore ce parcours où l’engagement est total. C’est même probablement le seul où, avec des voiles adaptées, on pourrait mener en solitaire mon catamaran de 120 pieds à 90% de son potentiel. » »Je garde un souvenir extraordinaire de ce record, notamment de mon arrivée à Brest où j’avais été accueillie par des milliers de fleurs coupées jetées sur mon bateau qui s’est retrouvé couvert de roses… C’était magnifique. D’autant que j’avais eu une fin de parcours difficile car j’avais un souci sur la voile d’avant et il n’y avait plus de vent : naviguer sous grand voile seule et sans vent n’est pas l’idéal quand on veut aller le plus vite possible ! Le départ de New York est fabuleux, j’avais fait ce record au retour de la Two Star afin de m’entraîner pour la Route du Rhum et ça m’a bien servi ! La difficulté est que je n’avais pas trop le temps de choisir le meilleur moment à l’époque, alors qu’attendre la fenêtre idéale est une des clés de la réussite, avec le fait d’avoir des bateaux qui vont assez vite pour rester devant les dépressions. Je me souviens que jusqu’à Terre Neuve je me disais que ça ne passerait pas… et puis c’est passé. Je me souviens aussi que c’est un des très rares parcours où je n’ai pas eu de problèmes avec mon pilote automatique. Les records sont faits pour être battus… et que Francis mérite amplement de battre celui-ci aussi… » »J’avais fait une première tentative sans la réussir. Partir de New York est quelque chose de très fort : c’est un sentiment très spécial d’être au coeur de cette mégalopole, au pied de Manhattan… et quelques minutes après, d’être tout seul sur ton grand bateau avec l’océan entier devant les étraves. La transition est très brutale. Je me souviens m’être mis beaucoup de pression : il y a le trafic, les brumes, les baleines, parfois même encore des glaces ! Le départ est difficile, compliqué, parfois dangereux quand tu ne vois même pas l’étrave du bateau et que tu sens des pêcheurs autour. Ensuite c’est un véritable bras de fer pour essayer de rester en avant de la dépression… et un bras de fer qui dure quatre jours ! Le bateau fuse vent de travers, il n’est pas freiné par la mer. C’est unique ça aussi… A l’arrivée enfin, il faut quasiment se jeter sur la ligne en baissant la tête, après un ou des empannages dans le petit temps, car on finit souvent dans du vent un peu mou ou plein vent arrière. Il faut avoir gardé un peu d’énergie pour ça et ce n’est pas le plus simple. Moi j’étais allé jusqu’au nord de l’Irlande avant de pouvoir empanner ! »

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