Un début de record tonique, exigeant à souhait, avec la présence de nombreux cargos et une mer forte, qui sollicite déjà fortement le marin sur le pont pour moult manoeuvres, et un empannage de haute voltige en équilibre sur la vague. Le marin de Locmariaquer, sur qui le nombre des années ne semble en rien affecter l’enthousiasme et le plaisir de dompter un maxi multicoque sur l’Atlantique, a rajouté, comme si l’affaire n’était en elle-même déjà bien compliquée, l’absence de routeur. Son complice des plus grands exploits Jean-Yves Bernot, mobilisé par un autre projet quelque part dans le grand sud, c’est seul face à ses fichiers météo que Francis Joyon écrit une nouvelle page d’une route ouverte voici plus de 5 siècles par Christophe Colomb.Route de collision »J’étais depuis le lever du jour en route de collision avec un cargo, ce qui a retardé le moment de mon premier empannage ». C’est d’une voix éternellement sereine et posée que Francis Joyon narre les plus invraisemblables circonstances de navigation. Parti hier mercredi de Cadix, dans la foulée du convoyage entamé dimanche dernier, Francis Joyon et son trimaran IDEC ont ainsi fait l’impasse sur le traditionnel stand-by météo ; « la « fenêtre » escomptée était en voie d’installation » précise Francis ; « J’ai fait quelques ronds dans l’eau en baie de Cadix mercredi matin, puis je suis parti. » On l’a compris, c’est avec ce convoyage en guise de « warm up », et déjà un petit déficit de sommeil, que Joyon s’attaque à Joyon. « Je regrette profondément que Thomas (Coville) ait dû se retirer, » précise Francis. « C’est la première fois que je m’attaque à un record dont je suis déjà le détenteur. D’un point de vue sportif, c’est un peu déroutant, mais ce parcours entre l’Espagne et les Bahamas est suffisamment excitant pour que je jette toutes mes forces dans cette bataille. » La route vers l’arc Caribéen, avec ce passage, histoire oblige, autour de Gran Canaria, est pavée de difficultés. « La route des alizés sur ce parcours ne m’a jamais souri » explique le skipper d’IDEC, « que ce soit en course ou en records. Cette année encore, il faudra monter très nord chercher les fronts soutenus qui évoluent bien au delà de la route directe. »Premières 24 heures plus compliquées qu’en 2008Après 24 heures de course, IDEC affiche un léger déficit sur le timing référence, imputable à une route moins optimisée qu’en 2008, « où j’avais bénéficié d’un meilleur angle au vent ». Privé du soutien avisé de l’ami et complice Jean-Yves Bernot, Joyon prend cette situation inédite avec humour ; « je vais devoir réfléchir davantage » s’amuse-t’il. « en plus de tirer sur des bouts… » Le petit mail quotidien de Jean-Yves sera donc remplacé par un moment studieux à la table à carte. « Je n’ai pas souhaité faire appel à quelqu’un d’autre, par fidélité… Je navigue sans filet » poursuit Francis Joyon, illustrant avec esprit cette tentative originale dépourvue des gardes fous désormais inhérents aux plus grands exploits véliques. « Point d’autre assistance que moi-même, pour aller me battre, contre moi-même… » Un défi bien dans le style du recordman du tour du monde en solitaire à la voile.Les Canaries la nuit prochaine…Déjà en déficit de sommeil, n’ayant guère pris de repos depuis son départ de la Trinité-sur-Mer, Francis sait que la traversée la nuit prochaine des l’archipel des Canaries, avec son important trafic et ses vents parfois erratiques, ne sera pas propice à la somnolence. Qu’importe ! Francis Joyon est dans son élément, plongé au coeur de ce qu’il aime par dessus tout accomplir dans l’existence, mener au maximum de ses possibilités un grand multicoque, et donner au mot « solitaire » toute sa connotation d’aventure et de liberté.

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