« Un endroit paradisiaque, c’est pour moi un endroit où il y a du vent ! ». A l’évocation des plages bordées de palmiers, Francis Joyon préfère à l’évidence et en ce début de 26ème jour de navigation solitaire, ses rêves de vent puissant, portant, capable de redonner à son trimaran géant toute sa vélocité. Son voyage au coeur de l’océan Indien débuté après le passage sous l’Afrique du Sud voici près d’une semaine, est scandé par une succession d’allures toutes moins favorables les unes que les autres. Grains orageux, franche pétole, ne l’auront cédé qu’à des séquences de vents et de mers contraires, qui ont soumis l’homme et la machine à la terrible épreuve d’un multicoque sans pression dans ses voiles et que malmène la houle. Francis, sous sa doucereuse bonhomie coutumière, n’aura cessé de livrer bataille, s’appuyant plus sur son sens marin, sur ses qualités analytiques de la situation ambiante que sur de scientifiques synthèses météo, s’est démené comme le diable de marin que l’on admire en lui, pour s’extraire des calmes de l’Indien, et progresser depuis deux jours, à vitesse certes réduite, mais directement vers l’île Maurice. Une nouvelle période transitoire s’avance, qui doit marquer le passage entre régime de faibles vents de secteur Nord Ouest, à un semblant d’alizé d’Est à Nord Est. « La dernière difficulté » espère Francis, qui bataillera de nouveau pour faire fructifier en vitesse sur la route le flux venu de tribord et qui devrait tenir jusqu’à l’arrivée. « Encore une bonne trentaine d’heures de navigation » estimait-il ce matin. L’océan Indien s’est donc paré de bien inaccoutumés atours pour accueilir Francis Joyon ; « Je m’attendais à une fin de parcours difficile car inconnue » avoue t’il, « mais ce manque permanent de vent régulier en force comme en direction aura été la grande surprise de ce voyage ». Un périple qui se compte déjà en une dizaine de milliers de milles effectivement parcourus, alors que la distance orthodromique n’en annonçait que … 7 900. Deux chiffres qui traduisent la complexité de la route, et l’énergie dépensée par Francis Joyon pour mener IDEC à bon port…

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