« C’est sûr que mon avance va en prendre un coup, je m’attends à deux à trois journées à ne progresser que de 250 milles sur la route. Mais le moral est bon. Il ne faut pas que je me plaigne : j’ai un bateau à 100% de son potentiel, je ne fais qu’entamer un peu mon avance et ces journées de près inévitables sont le prix à payer pour gagner en latitude nord ». A la vacation ce vendredi, Francis Joyon n’apparaissait pas franchement inquiet de son net ralentissement dans la remontée de l’Atlantique Sud. « Tout le jeu consiste à suivre les oscillations du vent, à tirer des bords pour gagner au maximum vers le nord », précise le skipper d’IDEC, au moment de boucler son 42e jour de mer.La journée d’hier a été la plus lente de ce tour du monde pour le moment. « Mais il fallait bien se décider à traverser cette zone de basse pressions et Francis a très bien fait de s’y mettre hier car le système grossit. Ce qui veut dire qu’il s’en est bien sorti car ça aurait été bien pire de n’y aller qu’aujourd’hui », estime Jean-Yves Bernot, le routeur d’IDEC. Francis Joyon confirme en plaisantant : « garder des vents portants, cela voulait dire traverser l’Atlantique jusqu’à l’Afrique, ce qui n’était tout de même pas très raisonnable ! » Francis Joyon a donc profité de la journée d’hier pour remettre à niveau le bateau et le bonhomme : « j’ai beaucoup bricolé, consolidé mes chariots de lattes de grand voile, et puis je me suis reposé, j’ai bien récupéré.»Ainsi va la vie à bord du grand trimaran rouge « que les albatros ont quitté hier… maintenant j’ai droit à une mer un peu vide mais il fait bon : vingt degrés dans la journée, c’est tout de même beaucoup plus agréable lorsqu’il faut aller manœuvrer à l’avant » précise Francis Joyon qui va même tenter de s’accorder un peu de lecture, une fois le bateau calé sur un bord. « J’ai lu Coloane au Cap Horn, là je vais me mettre dans du plus classique, du Douglas Kennedy ». Histoire de patienter entre deux virements de bord, en remontant vers ce fameux 27e ou 25e sud où « enfin je devrai toucher les alizés d’est et faire accélérer le bateau au travers ».Francis Joyon ne se donne pas pour l’instant de timing pour atteindre l’équateur « c’est encore trop tributaire de la progression dans ces fameux deux à trois jours à venir ». Cet après-midi, IDEC navigue à peu près à mi-distance entre le Cap Horn et l’équateur, par 34° Sud et 31°nord, au milieu de cet Atlantique Sud qui est le premier, dans ce sens, à lui poser de réels problèmes de progression « dans du vent debout » comme dit Francis, qui atteignait tout de même des vitesses de l’ordre de 16 nœuds ce matin, tribord amûre. Son avance sur le record d’Ellen MacArthur a certes baissé, mais IDEC bénéficie tout de même encore de près de 3000 nautiques d’avance sur le chrono de référence, soit plus de 5500 kilomètres. Et Ellen MacArthur aussi, tout comme Orange II en 2005, avait rencontré ce genre de difficultés, au même endroit, lors de son record.Il n’y a donc pas péril en la demeure pour Francis Joyon, il est simplement en train de manger son pain noir en attendant des jours meilleurs, quand viendront enfin ces fameux alizés d’Est tant convoités qui permettront à nouveau d’allonger la foulée sur la route. Ce devrait être pour la journée du 7 janvier, lundi.En attendant, Francis Joyon pourra toujours se féliciter de son choix de n’avoir installé aucun moteur à bord de son grand trimaran. « Depuis le départ, grâce à l’éolienne et aux panneaux solaires plus seulement 9 litres de méthanol pour la pile à combustible, les batteries sont chargées à bloc, je suis vraiment très content de ça aussi », explique-t-il. Et pour le grand défenseur de la nature qu’il est, ces énergies propres prennent tout leur sens au vu des icebergs rencontrés en grand nombre cette année que ce soit par IDEC, par Sodeb’O ou par les concurrents de la Barcelona World Race. « C’est une année à icebergs et surtout cela faisait bien longtemps qu’on n’en avait pas vu aussi nord. Ces morceaux de banquise qui se détachent sont un signe de plus que la planète se réchauffe… »A 13h, IDEC naviguait à 16 nœuds sur le même bord au Nord-Ouest. Et à un peu plus de 5150 milles de la ligne d’arrivée à Brest, son avance sur le record d’Ellen MacArthur s’élevait encore à près de 3000 milles.

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