« C’est marrant de voir que Thomas (Coville) et moi utilisons la même dépression, mais pas dans le même sens ». Symboliquement, la journée est importante à bord d’IDEC. D’abord, la route de Francis Joyon « croise » donc – à distance – celle de son concurrent Thomas Coville, qui, lui, fait route sur le cap de Bonne Espérance et entre dans les Qurantièmes Rugissants au moment où Francis Joyon s’apprête à en sortir.Pour Francis Joyon, cette journée du 2 janvier 2008 est aussi celle qui achève son quarantième jour de solitude en mer à la poursuite du record du tour du monde. Et IDEC est déjà à la latitude du nord de l’Argentine… alors que par comparaison, au 40e jour de sa tentative de 2004 il était encore au beau milieu du Pacifique, tout comme Ellen MacArthur un an plus tard. Ce mercredi midi, IDEC conserve d’ailleurs 3400 milles nautiques d’avance – soit près de 6300 kilomètres – sur le chrono de référence de la navigatrice britannique.La situation météo des deux jours à venir est néanmoins un peu plus complexe que ne l’évoquent ces chiffres : IDEC doit en effet faire sa route entre deux systèmes dans l’Atlantique Sud, et devra passer par des vents plus faibles avant d’atteindre les vents d’est, plus stables « d’ici 2 à 4 jours », prédit Francis Joyon. Le skipper du maxi trimaran rouge explique : « actuellement, j’ai 25 nœuds de vent portant dans une mer un peu confuse. J’ai bien marché ces deux derniers jours, avec des distances parcourues de l’ordre de 450 milles, mais en étant parfois obligé de faire plus d’Est que de Nord. Et je vais de toutes façons vers des zones où il y a moins de vent, car je dois naviguer dans un couloir entre un anticyclone à ma gauche et une dépression à ma droite. Je dois monter entre les deux.»Deux solutions pour cela : ou bien continuer à faire une route dans l’Est pour tenter de longer l’anticyclone, ou bien se résoudre à traverser celui-ci. « La décision va être prise avec Jean-Yves Bernot (le météorologue-routeur d’IDEC) dans les heures qui viennent », indique Francis Joyon, « elle sera dictée par la vitesse de déplacement de l’anticyclone ». Et jusqu’ici, « nous sommes toujours arrivés à un consensus efficace entre Jean-Yves et moi ».A bord d’IDEC, Francis Joyon s’attend donc à 48 à 96 heures un peu plus délicates que les grandes chevauchées à 500 milles par jour. C’est loin d’être rédhibitoire dans la perspective du record, compte tenu de l’avance engrangée par IDEC. Et derrière, il y a ces fameux vents d’Est, beaucoup plus stables : « l’idée c’est de gagner dans le Nord pour faire le raccord avec les vents d’Est, et être ensuite dans un système durable qui permet de monter jusqu’au Pot au Noir », confirme Francis Joyon.Côté matériel, les réparations effectuées par le marin trinitain (deux jonctions chariot/grand’voile) tiennent le coup et le skipper d’IDEC n’est pas inquiet à ce sujet. Côté humain, Francis a pu enfin recharger les accus, après une dernière semaine très éprouvante pour l’organisme, entre la veille aux icebergs et le délicat passage du Horn : « j’ai bien récupéré depuis la venue du vent portant. Il y a tout de même eu un moment complètement confus cette nuit avec le vent qui partait dans tous les sens, où je n’arrivais pas à trouver un équilibre au bateau… mais à part ça j’ai quand même réussi à me reposer et ça va, oui.» Cela va tellement bien que pour son réveillon de la Saint Sylvestre, Francis Joyon a réussi à respecter sa tradition personnelle de la charlotte aux fraises maison. Raconter l’épisode le fait bien rire, d’ailleurs : « ma charlotte aux fraises du nouvel an n’a pas été grandiose. Avec uniquement des ingrédients déshydratés, c’était un peu délicat ! J’ai malgré tout réussi une espèce de magma… c’était tout a fait comestible, mais beaucoup moins joli que ce qu’on voit dans les vitrines des boulangeries ! » Il est comme ça, Francis Joyon. A 20 nœuds dans les Quarantièmes, seul sur un multicoque de 30 mètres qui vibre de toute sa vitesse, il trouve le moyen de se confectionner une charlotte aux fraises. Ce marin-là est décidément désarmant.

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