Tout va mieux pour Francis Joyon depuis 4h ce matin (heure française), quand le vent est enfin redevenu favorable et autorise une route efficace vers le Nord-Est, à des vitesses qui permettent d’espérer 400 à 450 milles par jour. Il était temps car le bateau et le skipper étaient soumis à rude épreuve depuis une semaine entre les vents forts, la mer démontée, la trouille des icebergs et puis ce passage du « cap dur » – le fameux Horn – qui précédait des vents faibles et contraires qui ont forcément ralenti la progression. Joint ce midi au téléphone satellite, Francis Joyon racontait : « j’ai eu encore une nuit hyper difficile, ça a tourné au vent debout (de face, ndr) , et j’ai du renvoyer de la toile, tirer des bords la moitié de la nuit avant que le vent favorable ne rentre. Ensuite j’ai du trouver le bon angle pour ménager le bateau qui tapait, tapait dans le clapot… c’était horrible et là il y avait risque de casser du matériel. J’en ai cassé d’ailleurs : une jonction entre le chariot et la grand’voile et une écoute de trinquette. Alors j’ai lofé pour calmer le jeu. » Le tout sous des pluies torentielles…Le marin a forcément souffert de ces conditions, même si «le torticolis est réparé grâce aux conseils du Dr Chauve », Francis Joyon s’avoue toujours en déficit de sommeil. Autrement dit, le changement de météo a été accueilli comme une bénédiction ce matin par le skipper d’IDEC. « Après avoir eu des pluies battantes, diluviennes cette nuit, le soleil éclaire et le vent est portant, les conditions deviennent enfin assez bonnes et même le clapot s’atténue progressivement. Du coup le bateau glisse beaucoup mieux, à 21, 22 nœuds sur la route directe, c’est de nouveau favorable… »Les Malouines sont déjà dans le sillage. Au grand large de l’Argentine, Francis Joyon estime qu’il devrait enchaîner au moins deux bonnes journées : « je suis venu chercher le bord d’une petite dépression et je devrais monter avec elle en tricotant au vent arrière pendant environ 48 heures, de nouveau sur des moyennes de 400 ou 450 milles, cela permettra de gagner de la latitude assez efficacement ».A 13 h ce lundi 31 décembre, IDEC naviguait par 49 degrés de latitude sud et 48 degrés de longitude Ouest et affichait une VMG (velocity made good, la vitesse efficace sur la route) de 100% à près de 22 nœuds de moyenne. Des chiffres qui donnaient forcément le moral au skipper d’IDEC. Jusqu’à lui donner des envies cuisinières en ce jour de réveillon : « si je suis courageux, je vais me faire une charlotte aux fraises, c’est quand même sérieux, ça ! J’ai tous les ingrédients, je suis en train de chercher un récipient… pour le réveillon, ce serait pas mal ! » Un peu de douceur sur l’océan, en somme et un réveillon qui offre l’occasion à Francis Joyon d’envoyer ses vœux avec quelques heures d’avance : « j’en profite pour souhaiter une très bonne année 2008 à tous ceux qui ont permis que ce projet existe et ils sont nombreux : IDEC, Patrice Lafargue, les architectes, les constructeurs, ceux qui m’ont aidé à préparer le bateau, Jean-Yves Bernot qui fait un super boulot … et meilleurs vœux aussi à tous ceux qui ont la gentillesse de s’intéresser à ce projet ».Lors de son précédent record de 2004, au 38e jour de course, IDEC passait à peine la Nouvelle-Zélande… quand on lui pose une fois de plus la question de son incroyable avance, Francis Joyon –toujours- évoque d’abord son bateau, « 30% plus rapide que l’ancien sans être beaucoup plus long, ce qui est beaucoup ». Et il faut le pousser dans ses retranchements pour lui faire admettre que, peut-être, le marin y est aussi pour quelque chose. « Peut-être qu’à force de faire du multicoque, je commence à comprendre comment ça marche… Je crois que ce sont des bateaux qu’il faut savoir écouter, comprendre. Bien souvent quand on navigue sur les multicoques on leur demande un cap et une vitesse, alors que parfois il faut savoir les laisser aller où ils veulent. On n’écoute pas assez les bateaux… »L’homme qui parle ainsi écoute son bateau depuis 38 jours. Pour l’instant, ça ne lui réussit pas trop mal.

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