L’Atlantique et l’Indien sont déjà dans le rétro, ou presque. « Oui, je devrais être normalement demain matin à la longitude 146°, distante ce midi de 440 milles pour moi. C’est la verticale du sud de la Tasmanie qui marque une vraie frontière entre l’Océan Indien et le Pacifique. Ce sera encore un moment fort… » S’il désespère d’apprivoiser au sifflet pétrels et albatros qui viennent planer au-dessus du sillage de son grand oiseau rouge (« je n’arrive pas à les faire atterrir sur le pont, ils ont l’air de tenir à leur liberté et leur indépendance »), au sud de l’Australie, Francis Joyon apparaît toujours aussi calme et serein en bouclant le 24eme jour de sa tentative de record solitaire autour du monde.Dans les Cinquantièmes Hurlants, le skipper du maxi trimaran IDEC est pourtant contraint de composer avec un vent d’ouest qui l’oblige à « tricoter ». Explication : « Je tire des bords vent arrière, en restant entre le 52° et le 53° sud. Car le bateau ne peut bien fonctionner qu’avec un angle minimum de 30 degrés qui crée du vent apparent et cela permet d’avancer à 25, 28 nœuds. Pour donner une comparaison, si je restais au plein vent arrière, je n’avancerais qu’à 10 nœuds ». Francis Joyon a été moniteur de voile aux Glénan, cela aide côté pédagogie. Reste que le fait d’être obligé de fonctionner ainsi, donc en manoeuvrant plus souvent, ne semble pas l’affecter outre mesure : IDEC reste sur des moyennes quotidiennes supérieures à 500 milles nautiques.Dans une houle déjà formée « et qui devrait atteindre 4 à 6 mètres dès demain », IDEC fait parler la poudre. Ne pas croire pour autant à une glissade linéaire. « La vitesse oscille beaucoup », témoigne Francis Joyon, « dans la descente de la vague, le bateau peut monter à 32 nœuds… et être freiné jusqu’à 15 ou 14 nœuds quand la houle me rejoint ». La carte postale du jour, au grand sud du continent australien est complétée par une lumière bienvenue aujourd’hui. « Il y a de l’horizon pour la première fois depuis très longtemps, alors que j’étais habitué à ne voir qu’un petit cercle de coton autour du bateau. Je navigue sous un ciel nuageux, un peu gris, mais rien de méchant, avec des oiseaux toujours, des pétrels, un albatros qui passe de temps en temps… c’est plutôt agréable ». De la morsure du froid (« j’ai trois couches de polaires et un ciré quand je sors pour me protéger du vent et des embruns, mais ça va, je m’attendais à pire») Francis ne dit rien ou presque. La solitude ? Il la traite d’une pirouette : « je n’ai pas vu la moindre trace humaine depuis le large du Brésil voilà des milliers de milles, alors quand j’entends les gens dire que la planète est surpeuplée… (rires) » Du Joyon dans le texte. Qui ne manque pas une occasion de s’enquérir sans malice de la santé de ses interlocuteurs terriens aux vacations, qui va concéder à peine que « il y aura un moment délicat dans trois jours, avec à priori une dorsale anticyclonique et des zones de calmes au sud de la Nouvelle-Zélande, on verra s’il faut plonger plutôt sud où au contraire coller à la Nouvelle Zélande pour la négocier». Pour l’instant, IDEC engrange les milles d’avance sur le chrono d’Ellen MacArthur. Plus de 2300 milles d’avance ce midi… en attendant sans doute demain un nouveau record officiel du WSSRC, celui entre le cap des Aiguilles et la Tasmanie, version officielle du record de l’Océan Indien.D’ici là, en début de nuit en France, IDEC va passer la barre symbolique des 10 000 parcourus sur la route directe, laquelle mesure très exactement le tour de l’équateur soit 21600 milles. Autrement dit, Francis Joyon est tout près d’avoir déjà couru un demi-tour du monde, ce qu’il fera probablement en plus ou moins 27 jours. Un chiffre à rapprocher du record à battre : 71 jours et 14 heures… Cela aide à relativiser les calmes annoncés. Le départ aujourd’hui du projet concurrent de Thomas Coville sur le même défi planétaire (Sodeb’O doit s’élancer vers 19h ce lundi), lui, est commenté en ces termes par Francis Joyon : « Thomas part aujourd’hui ? C’est sûr que la fenêtre météo doit être bonne en Bretagne. Nous avons des bateaux différents, celui de Thomas est un peu plus grand et donc a du potentiel de vitesse. Un de mes objectifs au départ était de ne pas prendre de handicap par rapport à lui, alors c’est certain que ma trajectoire et mes temps de référence jusqu’ici sont un plus pour le moral».A 15h30 ce lundi après-midi, IDEC filait toujours vers l’Est à plus de 21 nœuds de moyenne et avait porté son avance sur Ellen MacArthur à plus de 2380 milles, soit la plus grande marge jamais enregistrée depuis son départ de Brest le 23 novembre dernier.

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