« Neptune a bien voulu laisser passer le trimaran à l’équateur à 3h03 TU», a expliqué cette nuit Francis Joyon, «et j’ai relevé la dérive comme il se doit au passage de la ligne, pour éviter d’accrocher le célèbre fil qui fait le tour du globe a la latitude 0. » A 4h03 françaises ce matin donc, Francis Joyon a signé un premier exploit ahurissant : boucler le parcours Brest-Equateur en bien moins de sept jours, chose qu’on croyait tout à fait impossible pour un solitaire jusqu’ici… Le segment Brest-Equateur est ainsi avalé en 6 jours, 16 heures et 58 minutes ! Le maxi-trimaran IDEC lancé à la poursuite du record du tour du monde en solitaire s’adjuge ainsi deux jours d’avance sur le temps à battre du Castorama d’Ellen MacArthur, qui avait pourtant signé en 2004 un temps déjà très impressionnant de 8 jours et 18 heures sur cette partie du parcours. Deux jours d’avance sur à peine sept jours de course… Les chiffres donnent le tournis.C’est même encore dix heures de mieux que le temps de l’équipage de Bruno Peyron pendant le Trophée Jules Verne victorieux en 2005 ! Seul l’équipage d’Olivier de Kersauzon a fait légèrement mieux sur Geronimo en 2003 (6 jours et 11h)….Quand on se souvient que l’objectif au départ de Brest voilà une semaine était « de perdre le moins de temps possible sur le temps d’Ellen jusqu’à l’équateur », on mesure encore mieux l’exploit de Francis Joyon. La performance est tout simplement exceptionnelle. Jusqu’ici, même avec des conditions très favorables, on estimait qu’il était impensable pour un solitaire de couper l’équateur en moins de sept jours. Et c’est bien pourtant ce que vient de faire IDEC… en améliorant au passage son propre record personnel de près de trois jours, (9 jours et 8 heures, déjà un record en 2003) !A 7h ce vendredi matin, IDEC était flashé à 16,8 nœuds par 00°46 de latitude sud et 27°45 de longitude ouest. Des vitesses qui semblaient se stabiliser par rapport aux grandes variations enregistrées depuis l’entrée dans le Pot au Noir et qui réclamaient toute la vigilance du skipper d’IDEC, entre zones de calmes et grains pluvieux, très violents. IDEC avait alors déjà parcouru 2600 milles depuis le départ de Brest, soit environ 10% du Tour du Monde, puisque si la distance théorique sur la route directe est celle du tour de l’équateur soit 21600 milles, une circumnavigation à la voile « mesure » le plus souvent entre 25 000 et 26 000 milles nautiques.Ce passage de l’équateur n’est donc que le début de l’aventure, mais quelle entame ! Quand au fait de relever la dérive au passage entre les deux hémisphères, c’est un joli clin d’œil de Francis à ses enfants. Dans son livre « Le Tour du monde absolu », lors de son passage, le Trinitain racontait : « Cela me fait tout drôle de parcourir la distance qui correspond à celle d’une traversée océanique, alors que ce n’est que le début du trajet : j’ai l’impression d’avoir quitté mes enfants depuis longtemps déjà et je leur raconte une petite histoire : ‘j’ai eu une grosse inquiétude en passant dans l’hémisphère sud. Imaginez que la dérive du trimaran se soit prise dans la ligne de l’équateur et l’ait coupée… ce serait un peu comme si on avait défait la ficelle d’un rôti qui ne tiendrait plus… tous les parallèles qui y sont reliés auraient pris du mou et la planète se serait complètement déformée ! C’est pour ça qu’au passage de la ligne j’ai relevé la dérive et tout s’est bien passé’. » Et Francis ajoutait alors : « quoi de plus beau qu’un rire d’enfant qui s’égrène sur la mer ? »

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