TOUT DROIT VERS LE CAP HORN ?

Il creuse, il creuse IDEC SPORT et il n’a visiblement pas fini d’engranger de nombreux et précieux milles dans le Pacifique, dont son équipage a su déjouer les écueils grâce à une trajectoire optimale tracée à coups d’accélérations fulgurantes. À l’approche du Cap Horn, distant cet après-midi de 750 milles, le rythme s’intensifie à bord du maxi-trimaran rouge et gris, qui trace désormais plein est, tribord amures, lancé tout droit à plus de 30 nœuds vers la sortie du Grand Sud. Pour autant, si l’horizon des prévisions semble vouloir se dégager, le doute persiste quant à la route à suivre pour rejoindre la frontière océanique à la pointe sud de la Terre de Feu, synonyme de délivrance pour Francis Joyon, Alex Pella, Sébastien Audigane, Clément Surtel, Gwénolé Gahinet et Bernard Stamm. Les six marins engagés dans la chasse au Trophée Jules Verne, vont-ils continuer avec le même élan, ou vont-ils devoir bifurquer au nord pour éviter une zone de calmes qui menace de leur barrer la route ?  Une question à laquelle pourra répondre le skipper d’IDEC SPORT lors d’une visioconférence en direct programmée demain, mercredi à 15h (heure française), alors que la perspective de saluer le célèbre rocher se rapprochera à grands pas…

« Au niveau de la météo,  il y a un petit mieux, c’est sûr, notamment du côté du fichier européen. La situation s’est améliorée, mais rien est acquis », explique le skipper d’IDEC SPORT qui préfère, sur conseils de Marcel van Triest, routeur à terre et 7è homme du bord, prendre ces prévisions avec toutes les pincettes que l’approche du cap Horn réclame. Réputée pour son instabilité, cette zone indiquant le retour en Atlantique reste pleine d’incertitudes et écarte toute tentative d’estimer une heure de passage au large du célèbre rocher noir, que tous se tardent de laisser dans le sillage pour rejoindre des latitudes moins hostiles et plus hospitalières.

Engagés dans le dernier round qui les mène au troisième et dernier grand cap de leur giration planétaire, les six hommes du bord ont deux choix de route qui s’offrent à eux comme l’explique Francis Joyon : « celle  relativement sud, plus rapide mais plus risquée vis-à-vis des calmes, et la route nord qui permet de garder du vent plus longtemps, mais forcément plus longue en nous obligeant à faire un plus grand tour. »

Des routages à quitte ou double

Pour l’heure entre nord et les sud, son cœur balance, comme il l’avoue volontiers : « On retarde le choix au maximum. Dans une douzaine d’heures, on pourra décider ou pas de prendre la route plus directe ». Il ne cache pourtant pas sa nette préférence pour le plus court chemin et l’option qui permettrait à l’équipage de saluer le cap Horn au plus vite, dès demain dans la soirée, fort d’une avance à faire trembler le record autour du monde (45j 13h 45mn 53 sec) à l’entame du dernier tiers du parcours planétaire.

Mais pour l’heure, le doute persiste et  pour Francis Joyon, qui étudie au plus près les évolutions, pas question de vendre la peau du marais barométrique qui pourrait les freiner net sans l’avoir d’abord évité. Face à l’incertitude météorologique, les routages refusent en effet de s’accorder. Ils varient d’un extrême à l’autre, les plus pessimistes voyant plutôt un passage au cap Horn jeudi dans l’après-midi, avec un jour et 5 heures d’écart face aux plus optimistes.

30-32 nœuds de vitesse de rapprochement au but

Quoi qu’il en soit, aux côtés de ses cinq équipiers, plus que le symbole du troisième et dernier cap, c’est la perspective d’abattre le plus de milles le plus longtemps possible qui l’emporte à bord d’IDEC SPORT. « Filer à 30 nœuds en direction le Horn, cela fait toujours plaisir ! Ce passage, c’est forcément un peu la délivrance. Mais plus que sur le caillou lui même, je me projette plus dans l’idée pouvoir remonter très prochainement en Atlantique », confirme Clément Surtel. On a eu un Pacifique express, un peu dur au départ quand on s’est fait un peu secouer. Mais depuis 3-4 jours, on profite de belles conditions de glisse qui nous permettent de bien préserver le bateau. Et réussir à passer le Horn avec un bateau en super état et avec une belle avance, cela sera une grande satisfaction pour nous tous » ajoute-t-il. Au même moment IDEC SPORT cavale toujours à haute cadence. Crédité de 1860 milles de bonus sur le tableau de marche du record à battre,  il fonce à 31,9 nœuds de vitesse de rapprochement au but…