Un bateau qui a fait ses preuves

Ancien Groupama 3 puis Banque Populaire VII, le nouveau maxi trimaran IDEC SPORT affiche un palmarès exceptionnel : détenteur du Trophée Jules Verne de 2010 à 2012, le bateau a aussi remporté les deux dernières éditions de la Route du Rhum – entre autres. Neuf ans après sa mise à l’eau, ce multi polyvalent a encore de beaux jours devant lui entre les mains expertes de Francis Joyon.

C’est en décembre 2004 que Groupama annonce la construction d’un trimaran géant pour tenter de battre les plus grands records océaniques, avec en point d’orgue le mythique Trophée Jules Verne. A l’époque où la course à l’armement bat son plein, Groupama souhaite concevoir un bateau de taille raisonnable, le plus « petit » trimaran capable de battre Orange II. Franck Cammas et son team optent pour une longueur de 31,50 mètres (105 pieds) dessiné par les architectes Marc Van Peteghem et Vincent Lauriot-Prévost. La construction de Groupama 3 débute en 2005 au chantier Multiplast à Vannes. Après près de 130 000 heures de travail, le bateau est mis à l’eau le 7 juin 2006. « Nous avons décidé de concevoir un trimaran de puissance moyenne », souligne Cammas lors de la présentation de son projet. « Groupama 3 est léger mais quand même suffisamment long pour être en sécurité dans les mers du Sud. La puissance est obtenue par sa largeur alors que la légèreté est le fruit d’une optimisation de la structure, d’une rationalisation de l’équipement et de l’aménagement ainsi qu’une construction soignée. » Groupama 3 innove par son concept plus inspiré des trimarans Orma de 60 pieds (dont Groupama 2) que des géants précédents, plus lourds et conçus pour affronter le Grand Sud. Si Orange II (36,80 mètres) est redoutable dans la mer formée, il peine dans les petits airs et les brises modérées. Groupama 3 est beaucoup plus polyvalent : il va presque aussi vite dans le gros temps tout en étant plus à l’aise dans les conditions plus légères. Une nouveauté à noter : Groupama 3 est le tout premier grand multi à partir autour du monde avec des foils, un concept qui était jusqu’alors utilisé par les Orma, mais seulement sur l’Atlantique.

Malheurs et bonheur sur le Trophée Jules Verne

Avant de s’attaquer au Trophée Jules Verne, Cammas et son équipage mènent une campagne de records sur l’Atlantique ponctuée par plusieurs succès : Route de la Découverte (Cadix-San Salvador) en mai 2007, Miami-New York en juin 2007, record de l’Atlantique Nord et des 24 heures en juillet. Fort de ces succès, Groupama 3 est prêt à relever le grand défi pour lequel il a été conçu et construit. Le 24 janvier 2008, le trimaran s’élance pour sa première tentative. Mais le 18 février, Groupama 3 chavire au large de la Nouvelle-Zélande alors qu’il possédait environ une journée d’avance sur le temps de référence d’Orange II. L’équipage est rapidement secouru, le bateau est remorqué puis rapatrié en France. Les dégâts sont importants mais au prix d’un chantier conséquent, Groupama 3 est reconstruit à l’identique, dans les mêmes moules. Le 5 novembre 2009, le multi est paré pour une deuxième tentative. Une avarie de structure (rupture de la liaison entre le bras arrière et le flotteur bâbord) au large de l’Afrique du Sud brise rapidement les espoirs de Cammas et de ses équipiers. Le troisième essai sera le bon : le 31 janvier 2010, à quelques jours de la fin officielle du stand-by, Groupama 3 largue les amarres pour une nouvelle tentative qui s’annonce délicate en raison d’une météo loin d’être idéale. Longtemps en retard sur le temps de référence établi par Orange II en 2005 (50 jours 16 heures 20 minutes et 4 secondes), Groupama 3 bat le record du Trophée Jules Verne grâce à un final incroyable entre le deuxième passage de l’équateur et l’arrivée. Le 20 mars, Cammas et ses hommes décrochent un nouveau record en 48 jours 7 heures 44 minutes et 52 secondes. Ils deviennent les septièmes détenteurs du Trophée Jules Verne, inauguré en 1993.

Le bateau double tenant du titre de la Route du Rhum

Toujours en 2010, Franck Cammas relève un défi que beaucoup pensent impossible, ou du moins très compliqué : remporter la Route du Rhum, seul sur son maxi trimaran de 31,50 mètres, doté pour l’occasion d’un gréement ramassé et d’un plan de pont adapté. La démonstration de Cammas est éclatante : après 9 jours 3 heures 14 minutes 47 secondes de mer, il s’impose à Pointe-à-Pitre devant Francis Joyon et Thomas Coville. Le bateau est ensuite racheté et devient Banque Populaire VII. Remis à l’eau le 15 avril 2013 à Lorient, le bateau étoffe son palmarès entre les mains d’Armel Le Cléac’h qui bat plusieurs records en solitaire à son bord : Méditerranée, Route de La Découverte et distance parcourue sur 24 heures (682 milles). Blessé à la main, Armel Le Cléac’h est contraint de déclarer forfait pour la Route du Rhum. Il est remplacé au pied levé par Loïck Peyron à la barre du maxi trimaran tenant du titre de la prestigieuse transatlantique. Après une très belle course, Peyron remporte la 10e édition de la Route du Rhum en 7 jours, 15 heures 8 minutes et 32 secondes – nouveau record de l’épreuve ! Portant désormais les couleurs d’IDEC SPORT avec Francis Joyon à la barre, ce maxi trimaran n’a certainement pas terminé sa moisson de victoires…
Caractéristiques du maxi trimaran IDEC SPORT :

  • Architectes : Cabinet VPLP (Van Péteghem-Lauriot Prévost)
  • Noms précédents : Groupama 3, Banque Populaire VII
  • Longueur : 31,50 m
  • Largeur : 22,50 m
  • Déplacement : 18 000 kg
  • Tirant d’eau : 5,70 m
  • Hauteur du mât : 33,50 m
  • Structure : carbone-Nomex
  • Voilure au près : 411 m2
  • Voilure au portant : 678 m2
  • Date de la première mise à l’eau : juin 2006

Le point de vue des architectes

Architecte au cabinet VPLP, Xavier Guilbaud livre son point de vue sur le duel au sommet qui opposera IDEC SPORT (31,50 m) au géant Spindrift 2 (ex Banque Populaire V, 40 m) l’automne prochain dans la conquête du Trophée Jules Verne.
« Spindrift 2 et IDEC SPORT vont tous deux entrer en stand-by pour le Trophée Jules Verne l’automne prochain. La lutte entre les deux équipages sera passionnante à suivre. Il y aura d’un côté un bateau surpuissant et de l’autre une « mobylette » menée par un équipage réduit. L’hypothèse d’une victoire d’IDEC SPORT est tout à fait envisageable. Léger et maniable avec son petit gréement, ce bateau est à l’aise dans les zones de transition. Il pourra tirer son épingle du jeu dans la descente et la remontée de l’Atlantique. IDEC SPORT sera en revanche handicapé en-dessous de 10 nœuds, mais ce sont des conditions marginales à l’échelle d’un Trophée Jules Verne. Dans les mers du Sud, si les deux bateaux rencontrent les mêmes conditions, les écarts seront minimes. IDEC SPORT est un bateau safe sur lequel on peut tirer en toute sérénité. Ceci dit, Spindrift 2 a été très optimisé et sera donc un concurrent redoutable. Sur le papier, il sera plus rapide qu’à l’époque où il portait les couleurs de Banque Populaire V. Battre les 45 jours de BP V est jouable pour IDEC SPORT et Spindrift 2. La barre est haute, à un niveau où la météo devient prépondérante. Au départ d’un Trophée Jules Verne, on a une vision assez claire sur la situation météo jusqu’au passage du cap de Bonne Espérance et l’entrée dans les mers du Sud. Après, c’est l’inconnue. Le record se joue souvent lors de la remontée de l’Atlantique, il y a donc une part de chance… »

Le point de vue de Xavier Guilbaud, architecte au cabinet VPLP :
« IDEC SPORT peut tout à fait battre Spindrift 2 et remporter le Trophée Jules Verne ! »