IDEC SPORT ENGRANGE 175 MILLES D’AVANCE

La route on ne peut plus directe d’IDEC SPORT porte ses fruits : 175 milles d’avance sur la trajectoire à battre ce mardi après-midi ! Francis Joyon et ses hommes profitent à fond de la belle fenêtre météo sur l’Atlantique Nord. Ils sont déjà 400 milles dans le sud-ouest des Canaries.

Deux jours et demi de mer et la bôme d’IDEC SPORT n’a changé qu’une seule fois de côté. Ils étaient tribord amures jusqu’à hauteur de Gibraltar, ils sont bâbord depuis et vogue la galère. Quelle galère ? Parler d’avion de chasse serait plus à propos. « Le plus souvent on est entre 31 et 32 nœuds de vitesse moyenne » explique tranquillement Bernard Stamm, le plus breton des « couteaux suisses » du bord.  A 15h cet après midi, IDEC SPORT signe au passage un 29,3 nœuds de moyenne sur 24 heures… Surtout, cette vitesse est (très) efficace vers le but : depuis le départ de Ouessant, la différence est très faible entre les milles avalés sur la route théorique (1611) et ceux effectivement parcourus en réel sur l’eau (1740). Ce ratio est exceptionnel. Or en bateau à voile, il ne suffit pas d’aller vite, il faut aller très vite au bon endroit… et la météo vous en laisse rarement le loisir. C’est le cas cette fois, dans les grandes largeurs. La preuve : au même moment de son record, le Banque Populaire de Loïck Peyron avait du déjà empanner sept fois. IDEC SPORT une seule. Le résultat est très spectaculaire sur le tableau de marche : 175 milles d’avance à 15h ce mardi contre 80 milles de retard à 20h30 hier soir !

Clement_Surtel« C’est sympa»
« Ah ouais, ça c’est sympa ! »  commente sobrement Francis Joyon, alors qu’IDEC SPORT vient de passer dans le sud de l’archipel des canaries et que le grand trimaran rouge file vers l’équateur. La ligne de démarcation des hémisphères est moins de 1500 milles devant les étraves, alors que plus de 1600 milles ont été avalés en seulement deux jours et douze heures…
Le skipper d’IDEC SPORT en profite pour expliquer que sur l’eau, le tout droit visible de l’extérieur n’est jamais vraiment si rectiligne en réalité. Le dévent dû au relief des îles canaries fait ralentir temporairement le trimaran et surtout « il faut suivre les oscillations car avec les grains le vent de nord-est est très instable, il y a des différences de 40 degrés d’un côté et de l’autre. Heureusement, le cap moyen reste très bon ». Pas de manœuvre majeure donc – IDEC SPORT est toujours sous grand gennaker depuis son unique empannage – mais « il faut beaucoup d’attention aux réglages » comme dit Bernard Stamm. « Car les grains font aussi beaucoup varier la force du vent. On abat (s’écarter du lit du vent) dans les surventes…»

Tranches de 3 heures de repos
L’ambiance du bord est au beau fixe. Elle le serait à moins. Les quarts ont été réorganisés. Jusque là, les six hommes du bord se relayaient toutes les heures. Ils le font maintenant toutes les heures et demi, à deux sur le pont en permanence. « Ce qui nous permet de faire des siestes de trois heures et donc de bien récupérer » note Bernard Stamm. En outre, il commence à faire chaud à bord d’IDEC SPORT et ça aussi, c’est très bon pour le moral. « A tel point qu’on ne sait plus trop comment s’habiller, parce qu’on crée quand même beaucoup de vent apparent » rigole Bernard Stamm. Un marin qui sait de quoi il parle côté chiffons : une anecdote bien connue dans le petit milieu de la course au large rapporte qu’il avait couru l’étape australe d’un grand tour du monde solitaire… sans la moindre polaire ni vêtement chaud, oubliés au ponton ! Pas tout à fait en slip, mais tout comme. A l’époque ça ne l’avait pas empêché de gagner, mais cette fois il a ce qu’il faut.