DERNIERE TEMPETE AUSTRALE SUR LA ROUTE DU TROPHEE JULES VERNE

Du calme, à la tempête. De la splendeur des îles Malouines traversées au plus près à la découverte de sa faune marine, à la virulence d’une dépression creuse et active venue de l’Argentine, l’équipage d’IDEC SPORT est passé d’un extrême à l’autre ces dernières 24 heures. S’il a pu bénéficier de l’effet d’accélérateur des vents poussifs générés par ce système, il a néanmoins dû composer sa route sur une mer hargneuse, le malmenant jusqu’à ce que, salué par un étonnant jeu d’arcs- en-ciel, il puisse empanner vers midi et retrouver un bord plus rapprochant, vers l’équateur et l’hémisphère Nord.

Si ce n’est pas le premier coup de vent qu’ils croisent et essuient sur leur tour du monde parcouru à des vitesses moyennes jamais atteintes sur une si longue durée, Francis Joyon, Bernard Stamm, Sébastien Audigane, Alex Pella, Gwénolé Gahinet et Clément Surtel n’avaient pas encore goûté à une tempête de l’Atlantique Sud. C’est désormais chose faite depuis cette nuit, et ce n’est pas sans un vrai soulagement qu’ils s’apprêtaient à voir la fin de cette session « de sauts de vagues et dans une ambiance shaker », dixit Bernard Stamm. Un épisode acrobatique, forcément éprouvant avec l’inévitable peur de la casse qui l’accompagne, dont ils se sont acquittés, par 44° Sud, comme d’un dernier tribut à payer aux mers australes.

« On n’avait encore jamais fait ça, du portant sous deux ris-J2, les plus petites voiles. Mais on a été obligés de réduire énormément, la mer déferlait beaucoup, le bateau partait à 45° sur les vagues et il plantait en retombant », décrit Francis Joyon, dont la voix témoigne qu’il reste tout à l’écoute des secousses du bateau. « C’était très chaotique, et cela commence seulement à s’arranger un peu. Mais d’ici une dizaine d’heures, on devrait pouvoir sortir de l’influence de cette dépression qui a levé cette mer dans tous les sens. »

À la conquête des alizés
À 750 milles au large des côtes sud américaines, en passe d’en finir avec ce système actif typique de l’Atlantique Sud qui leur a néanmoins permis de se propulser sur la route et d’engranger des milles, IDEC SPORT a retrouvé, ce samedi après-midi, des conditions plus maniables. Dans vents d’ouest qui perdent en intensité après avoir soufflé jusqu’à 45 nœuds dans les rafales et sur la crête des vagues déjà un peu moins abruptes, le grand trimaran rouge et gris progresse cap au nord-est à 28 nœuds. « L’objectif pour nous va être désormais d’attaquer les alizés assez loin dans l’est de façon à avoir un bon angle pour remonter vers l’équateur », ajoute le skipper d’IDEC SPORT.

Devant les étraves, l’échiquier de l’Atlantique Sud se met en place à mesure que les températures se réchauffent dans un environnement déjà beaucoup plus tempéré. L’anticyclone de Sainte-Hélène, ultime juge de paix de la remontée au nord, s’il ne promet de ne pas rendre la partie facile et rapide, laisse « un bon espoir » de permettre à l’équipage de marins pressés de ne pas traîner en si bon chemin. Actuellement sous la forme d’une dorsale étendue, les fichiers météo révèlent en effet que ce système de hautes pressions semble décider à se reconstituer lentement, laissant ainsi un peu de champ libre à travers les mailles de ses isobares pour une remontée lente mais progressive. De bon augure pour la suite de l’ascension en direction de l’équateur,  alors qu’IDEC SPORT a passé la barre des deux milles d’avance sur Banque Populaire V, qui cinq ans plus tôt, à ce stade de la course contre le chronomètre planétaire, progressait encore à 950 milles du cap Horn.