Départ peu orthodoxe pour un record autour du monde

Francis Joyon, Bernard Stamm, Gwénolé Gahinet, Alex Pella, Clément Surtel et Boris Herrmann sont depuis hier soir dimanche, 22 heures, 14 minutes et 45 secondes en course pour tenter, un an jour pour jour après leur première tentative, de s’approprier le Trophée Jules Verne, le record du tour du monde à la voile en équipage et sans escale. La décision de s’élancer a véritablement été prise au tout dernier moment à Brest, tant l’analyse des différents fichiers météos s’est avérée pleine d’incertitudes et de supputations. C’est l’expérimenté Bernard Stamm qui le mieux résumait au moment de larguer les amarres l’état d’esprit du groupe : « Si on attend les conditions idéales pour un record, on ne part jamais. » Le maxi Trimaran IDEC SPORT s’est ainsi lancé à l’assaut du phénoménal record détenu par Loïck Peyron depuis 2012, dans des conditions pour le moins surprenantes. Les 9 premières heures depuis Ouessant ont en effet été marquées par une absence quasi totale de vent, et ce n’est qu’au petit matin, avec l‘arrivée brutale d’une forte perturbation, qu’IDEC SPORT a franchement orienté ses étraves au sud ouest, et déclenché à toute allure sa tentative de record.


Attendre le passage du front…
L’examen des trajectoires et de la performance du Maxi Trimaran IDEC SPORT lors de sa première nuit en course a de quoi laisser dubitatif. Longtemps arrêté, à multiplier les changements de bord dans un vent quasiment nul, Francis Joyon et ses hommes ont fait preuve de patience et de constance dans l’attente de l‘arrivée du fort vent de secteur nord nord ouest. « L’idée était d’anticiper l’arrivée de ce front » explique Marcel van Triest, routeur du Maxi trimaran IDEC SPORT, « et de partir avant l’arrivée sur la pointe de Bretagne du plus fort du coup de vent avec des rafales à plus de 45 noeuds. » Ce n’est donc que vers 8 heures ce matin que IDEC SPORT a mis brutalement cap au sud ouest, pour véritablement démarrer sa tentative en calant le speedomètre sur la marque des 30 noeuds, marque qu’il ne quitte guère plus depuis. Les Joyon’s boys abordent leur Jules Verne avec d’emblée un déficit pointé ce matin à 207 milles ; déficit qu’il dévore depuis avec appétit en avalant d’un seul bord le Golfe de Gascogne.

Temps moyen à l’équateur, temps intéressant à Bonne Espérance
Depuis la décision de ne pas « prendre » la fenêtre entr’ouverte le 6 novembre dernier, la donne sur l’échiquier Atlantique s’est considérablement modifiée ; « Inversement aux prévisions d’il y a 15 jours » précise le grand Marcel, « nous envisageons un temps correct à l’Equateur, de l’ordre de 5 jours et une douzaine d’heures, nettement moins bien que lors de la tentative 2015 (5 jours et 1 heures ndlr), mais un chrono très intéressant à Bonne Espérance, de l’ordre de 13 jours et demi, avec de surcroit, la possibilité d’éviter d’aller trop sud jouer avec les zones de glaces, comme le suggéraient nos routages lors de l’examen de la fenêtre du 6 novembre. »

Les supputations sont déjà loin dans l’esprit de Francis Joyon et de son commando, tout au bonheur de « repiquer au truc ». La descente de l’Atlantique ne sera pas aussi limpide que celle expérimentée par les leaders du Vendée Globe, mais l’envie de croquer à nouveau dans cet extraordinaire pari autour du monde est tel que les hommes d’IDEC SPORT sont ce soir prêts à relever tous les défis et à s’accommoder de ce qu’Eole sèmera devant leurs étraves. Rappelons que pour battre le chrono de référence établi par Loïck Peyron et ses 13 hommes d’équipage en janvier 2012, Francis Joyon et ses hommes sont attendus avant le 5 janvier 2017 à 10h 56 mn et 38 sec (TU) à Ouessant.